Les Rolling Stones à Bruxelles, sans Watts, mais encore pleins d’énergie

Publié le 12 Juillet 2022

Avant Lyon et Paris, la tournée des 60 ans des Rolling Stones passait par Bruxelles lundi 11 juillet. Un show de stade où l’absence de Charlie Watts se fait parfois sentir. Même si les fringants septuagénaires du rock ont toujours le feu sacré.

  Mick Jagger, Ronnie Wood et Keith Richards, lors du « Stones Sixty Europe 2022 Tour », Bruxelles, stade du Roi Baudoin, 11 juillet 2022.  Photo Yves Herman/REUTERS

Mick Jagger, Ronnie Wood et Keith Richards, lors du « Stones Sixty Europe 2022 Tour », Bruxelles, stade du Roi Baudoin, 11 juillet 2022. Photo Yves Herman/REUTERS

Il y a presque 50 ans, en octobre 1973, les Stones nous conviaient à une « Brussels affair » d’anthologie, à l’époque où Jagger & Co étaient persona non grata en France, Keith Richards étant alors sous le coup d’une inculpation pour usage et trafic de stupéfiants. Un set torride immortalisé par un live mythique (longtemps piraté, avant d’être officiellement publié en 2011), durant lequel Jagger lâchait entre les morceaux, en français, d’irrésistibles « Ça va mes petits chous ? », ou « Vous êtes belles, vous êtes beaux, qu’est-ce que je peux faire ? », avant de s’achever en apothéose sur Street Fighting Man.

Un demi-siècle après, le même titre est joué, mais cette fois en introduction au concert donné au stade Roi Baudoin (autrefois le Heysel, sinistre souvenir), lundi 11 juillet. La pêche phénoménale de 1973 en moins, il faut bien l’avouer, mais avec un surcroît d’émotion. Car plus encore que l’intro de Honky Tonk Women, la chanson, comme l’avait révélé l’expo consacrée aux Stones au Vélodrome de Marseille en 2021, est quasi née de la rythmique concoctée par Watts sur sa minibatterie portative. Et comme toutes les dates de cette tournée célèbrent les six décennies d’activité du « greatest rock’n’roll band in the world », le show commence par des images, forcément touchantes, du Stone disparu l’été dernier.

Un seul être manque et tout est dépeuplé ? Évidemment que non. Mick Jagger, Keith Richards sans oublier Ron Wood se donnent assurément à fond, portant fièrement, deux heures durant, l’héritage stonien. Et pourtant, est-ce à cause du grand absent que le groupe ne retrouve qu’épisodiquement la prodigieuse force et puissance de leur prestation parisienne de 2017 ? On s’est pourtant habitué à Darryl Jones, le bassiste noir américain, issu du jazz et donc plus technique, qui a remplacé Bill Wyman en 1993. Et Steve Jordan, le batteur recommandé par Watts lui-même (dès 2021) pour le suppléer, n’a rien à se reprocher.

On s’attendait – et redoutait même – qu’il en fasse trop. C’est tout le contraire qui se produit. Est-ce par excès de respect qu’il semble plus à l’aise sur les vieux titres des sixties comme 19th Nervous Breakdown ou l’improbable Connection (chanté par Keith) et plus encore Out of Time, mais se révèle étonnamment en retrait sur, au hasard, un Bitch – que les Stones jouent trop peu – qui pâtit sérieusement du manque de la frappe sèche et puissante, mais au swing unique, du batteur disparu ?

On retiendra surtout l’inespéré réveil, pile au moment où la nuit est tombée, de guitares enfin réellement tranchantes à l’occasion d’un Midnight Rambler étiré, fougueux à souhait, un Paint it, Black, toujours bienvenu, joliment expédié, et un Gimme Shelter torride, avec la choriste Sasha Allen en faisant des tonnes dans le rôle d’une Merry Clayton survoltée. La chanson se termine sur des images d’une ville en ruine. L’Ukraine, se dit-on. Il ne restait plus après qu’à dérouler avec Jumpin’ Jack Flash, suivi, au rappel, des incontournables Sympathy for the Devil et Satisfaction, et le tour, une fois de plus, était joué.

« J’ai passé un super moment à Bruxelles, j’ai bu de la Duvel, mangé six gaufres et des pralines avant d’aller voir le Manneken-Pis. Mais on lui a volé son T-shirt des Stones ! » Voilà pour la phrase personnalisée du concert, en français, de Jagger. Un soir qu’on gardera forcément dans nos mémoires, comme d’autres le feront pour les dates prochaines à Lyon ou à Paris, pour ce frisson, cette vision – peut-être la dernière – des indestructibles rockers septuagénaires.

À voir

The Rolling Stones en concert le 19 juillet à Lyon (Groupama Stadium), le 23 à Paris (Hippodrome de Longchamp).

Rédigé par Télérama par Hugo Cassavetti

Publié dans #Articles de presse

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