Neil Young & Crazy Horse : « Barn », une grange dans les rocheuses

Publié le 3 Janvier 2022

Le “Loner” retrouve Crazy Horse pour un album magique et impétueux.

© Alain Fretet

© Alain Fretet

D’entrée, il nous cueille avec une de ces ballades à la Harvest Moon, simple, épurée, rurale : une guitare acoustique, un solo d’harmonica, quelques traits d’accordéon. “Song of the Seasons” a l’air d’avoir été enregistrée dans une grange – plus précisément un studio mobile perdu dans les Rocheuses –, mais n’annonce en rien un opus aux sonorités boisées. Juste le calme avant la tempête électrique déchaînée par Crazy Horse – désormais épaulé par Nils Lofgren. Sur sa Gibson, Neil Young tronçonne un “Heading West” aux images de road trip nostalgique, fait un crochet par la case blues (“Change Ain’t Never Gonna”), avant de balancer un “Canerican” qui résonne comme une profession de foi, enragée, engagée, celle d’une Amérique disséquée au scalpel de ses décibels… Tout l’art de Young est là, jouant des contrastes, entre orages et fugaces éclaircies.

La spontanéité de la première prise qui capture quelque chose de magique et d’abstrait. Saisir l’énergie, l’étincelle, quitte à jouer sur le fil du rasoir, frôlant parfois la chute comme sur “Shape of You”. Ailleurs, “Human Race”, rehaussée par des chœurs (“Today no one cares/Tomorrow no one shares”), ruisselle de guitares saturées, de chorus acides, gorgés de larsen. Dans Barn, chaque chanson semble faire écho à ses œuvres passées, creuser le même sillon que les disques qui ont forgé sa légende, Everybody Knows This Is Nowhere, After the Gold Rush et les autres. Comme Dylan, Young est un fascinant mystère : à 76 ans, le plus prolifique des songwriters rock enregistre toujours plus vite que son ombre, alternant nouvelles aventures soniques et plongées dans ses archives – le récent live Carnegie Hall 1970. Il arpente en apparence les mêmes horizons musicaux, fort de ce style unique, de son éternelle dualité entre folk-rock et déferlantes électriques, mais rien ne saurait l’arrêter.

Pour Young, il y a toujours une chanson à écrire, un cri à lancer, une cause à défendre, et Barn n’échappe pas à la règle. Avec ce qu’il faut de réminiscences comme dans “Welcome Back”, dont le riff flirte avec celui d’“Alabama” – tiens, encore un solo qui vous troue le cœur, une langueur que rien ne saurait bousculer. Certains éclats de pure beauté, tel “They Might Be Lost”, qui navigue du côté de Harvest, nous rappellent que la source de son inspiration n’est en rien tarie. C’est tout le Neil Young qu’on aime qu’on retrouve ici, ombrageux et imprévisible, tissant inlassablement les mêmes trames. Avant de nous achever, du fond de sa grange, sur un très court “Don’t Forget Love”, seul au piano. Comme au bon vieux temps du “Gold Rush”.

Barn, le nouvel album de Neil Young & The Crazy Horse, disponible à l’écoute partout.

Rédigé par Rolling Stone par Alain Gouvrion

Publié dans #Articles de presse

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