Janis Joplin : Blues Woman Cosmique

Publié le 19 Janvier 2022

Janis Joplin était d’ailleurs, une étoile fulgurante, une perle rare. Une voix unique. Et une personnalité aussi étrange qu’attachante. Hommage.

© KEVIN MAZUR/GETTY IMAGES

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Janis Joplin est née le 19 janvier 1943.

Janis a explosé en deux après-midi, les 17 et 18 juin 1967, au festival Music, Love and Flowers de Monterey. Son manager, Chet Helms, la présente : « Un jour, au Texas, j’ai entendu chanter une poulette du nom de Janis Joplin. Il s’est passé beaucoup de choses depuis ce trip en auto-stop jusqu’à la côte Ouest. Je suis très fier de vous présenter aujourd’hui le résultat de trois ou quatre ans de travail : Big Brother and the Holding Company ! »

Hippies d’origine, cheveux incroyablement longs jusqu’aux coudes, chemises à fleurs, pantalons rayés, coolitude absolue, ils attaquent “Down on Me” où Janis, en jean, déchire, les traits du visage convulsés par son blues cosmique, puis « Combination of the Two », tour de force freak rock qu’elle chante avec le guitariste Sam Andrew, alors que James Gurley, avec son collier magique de perles, plumes, coquillages et cailloux percés reliés par une lanière en cuir, défouraille un solo incroyable. Leurs guitares ne sont pas parfaitement accordées, mais cela participe du son saturé étrange qui est le leur. À San Francisco, le feeling prime sur la technique.

« Capricorne, tragique, mais tellement vivante, de blues, de soul, d’alcool, de dope, de désir, de sexe. »

Lorsqu’ils concluent avec « Ball and Chain », déchaînée, elle a stupéfié l’assistance, qui vient d’assister bouche bée à une tornade de huit minutes : personne n’a jamais entendu une fille – Janis n’est pas une femme, elle est trop immature, trop ludique et insécure pour cela – chanter ainsi, feulant, miaulant, suppliant, rageant, avec autant d’énergie, de passion et d’engagement. Capricorne, tragique, mais tellement vivante, de blues, de soul, d’alcool, de dope, de désir, de sexe. Elle est en feu.

Jusque-là, elle était la chanteuse que le groupe s’était adjointe : elle vient d’en devenir la vedette. Le manager de Dylan, Albert Grossman, lui fait aussitôt des avances. Et obtient que le groupe soit reprogrammé le lendemain le temps de trois titres pour qu’elle soit filmée. Galvanisée, Janis assure, avant de se lâcher complètement dans “Ball and Chain” comme la veille, performance de tigresse dans son ensemble chasuble-pantalon beige en maille et à paillettes, tapant du pied avec ses mules roses ajourées à petits talons, faisant tomber les colifichets qui battent sa poitrine. Sa tenue de laine laisse ses tétons darder à la vue de tous (elle ignore l’existence des soutiens-gorge).

Après avoir salué en larmes d’épuisement nerveux à la fin de sa performance d’une incroyable intensité, elle se baisse pour ramasser ses perles en vitesse et repart dans les coulisses en trottinant comme un poney, retrouver son jeune berger allemand adoré, George. Ravi Shankar est soufflé. Monterey Pop en fera une star.

« La puissance qu’elle dégage lorsqu’elle chante n’en est pas l’expression : au contraire, c’est celle de sa souffrance, de sa solitude, de sa détresse. »

Beatnik girl

Bien plus que Grace Slick dans Jefferson Airplane, avec laquelle elle pose pour un poster fameux qui baptise respectivement les déesses hippies “Ice” et “Fire”, Janis se distingue de Big Brother : c’est une vraie frontwoman. Elle est pourtant si tourmentée, si mal dans sa peau. Vulnérable. Exceptionnellement, sans doute pour les caméras, elle s’est appliqué du fond de teint, qui fait paradoxalement ressortir encore plus les marques d’acné sur son visage grêlé. Si seulement la gloire qui l’attend pouvait combler son vide existentiel, panser ses blessures narcissiques, son cœur à vif et son corps trop facilement offert… La puissance qu’elle dégage lorsqu’elle chante n’en est pas l’expression : au contraire, c’est celle de sa souffrance, de sa solitude, de sa détresse.

Texane, garçon manqué mais excellente élève, Janis Lyn Joplin découvre adolescente, à Port Arthur, le blues de Bessie Smith, Ma Rainey, Lead Belly, Big Mama Thornton, et se voit ostracisée pour son physique ingrat et son style de beatnik girl. Elle chante et joue de l’autoharpe à l’université d’Austin avec les Waller Creek Boys, du folk et du blues comme Odetta.

Lors de son premier trip à San Francisco, à 20 ans, elle se produit avec le futur soliste de l’Airplane, Jorma Kaukonen – la légendaire Typewriter Tape en témoigne. Speed freak, cadavérique, elle rentre au Texas et s’inscrit en anthropologie. Mais San Francisco l’appelle et le bassiste Peter Albin l’enrôle dans Big Brother après qu’elle eut récolté une soixantaine de dollars – une somme ! – en passant le chapeau à la Coffee Gallery.

Rédigé par Rolling Stone par Yves Bigot

Publié dans #Articles de presse

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