Mort de Michael Nesmith, l’ex-Monkees qui se voulait plus qu’un ersatz des Beatles

Publié le 13 Décembre 2021

Il fut l’un des quatre Monkees, groupe inventé par la télé américaine pour répondre aux Beatles. Frustré par cette célébrité factice, il entama dans les années 1970 une prolifique carrière country-rock en solo. Michael Nesmith s’est éteint le 10 décembre, à 78 ans.

Mike Nesmith en  1971, à l’époque des escapades solo.  Michael Putland /DALLE

Mike Nesmith en 1971, à l’époque des escapades solo. Michael Putland /DALLE

Des quatre Monkees, il était reconnaissable à son bonnet de laine. Tous avaient l’air de lutins et ce groupe américain, copiant ouvertement les Beatles pour les besoins d’une série télé, fut recruté sur casting à l’automne 1965. Derrière le projet, deux producteurs, Bob Rafelson (qui, comme réalisateur, allait lancer Jack Nicholson dans Five Easy Pieces et The King of Marvin Gardens) et Bert Schneider. Objectif : surfer sur la Beatlemania en s’inspirant du film A Hard Day’s Night, où les gars de Liverpool jouaient leurs propres rôles. Au printemps 1966, le quatuor était au complet : Davy Jones (ex-enfant acteur), Peter Tork, Mickey Dolenz et… « le guitariste au bonnet », comme l’appelaient ses pygmalions. Michael Nesmith, né le 30 décembre 1942 à Houston, grandi à Dallas, avait tâté du folk et du rock à San Antonio, sorti quelques singles.

Allait commencer une période à la fois exaltante et étrange pour un musicien débutant. Se couler dans un moule, goûter aux joies et aux servitudes de la célébrité rien qu’en passant à la télé. Les Monkees, dont le succès fut instantané et prit des proportions énormes, mimaient l’activité d’un groupe pop devant les caméras, mais sur leurs disques même, du moins les premiers temps, ils ne faisaient pas grand-chose. La plupart des chansons étaient écrites par un tandem de songwriters, Tommy Boyce et Bobby Hart, sur commande du producteur Don Kirshner, qui décidait de tout. Des musiciens de séance assuraient la qualité du son.

Sur scène, les quatre poupées-pop stars apprirent à se débrouiller. Seuls Peter Tork et Michael Nesmith, les plus compétents avec leurs instruments, purent glisser dans le répertoire des Monkees quelques-unes de leurs compos. Pas les plus gros tubes mais, côté Nesmith, de bons titres comme The Girl I Knew Somewhere, Mary, Mary, Listen to the Band ou surtout Different Drum, qu’une jeune chanteuse nommée Linda Ronstadt aura le bon goût de reprendre pour lancer sa carrière.

Au sommet du vertigineux parcours des Monkees — neuf albums en cinq ans et un paquet de numéros un —, Mike Nesmith fut celui qui, rongé par la frustration, s’épancha en public sur le côté fabriqué du groupe, flairé déjà par une partie de la presse, surtout en Angleterre, où le sobriquet « Prefab Four » fit florès. À la suite de Peter Tork, il quitte le navire en 1970 pour s’empresser d’enregistrer en solo. Trois albums en deux ans avec le First National Band, démontrant un réel talent de songwriter et une belle aisance dans le genre country-rock encore balbutiant. Magnetic South et Loose Salute sortent du lot commun de l’époque. Six autres paraîtront dans les années 1970, la grande période d’un Nesmith autonome, fier sous son Stetson d’une musique qui porte enfin son nom.

D’après son camarade Davy Jones, il était, dans le puzzle des Monkees, « le quatrième morceau, qui ne collait jamais tout à fait avec l’ensemble ». On peut prendre ça comme un compliment. Cependant, Mike Nesmith, dont les productions personnelles s’amenuisent dans les décennies suivantes, renoue de temps à autre avec les Monkees, fantôme qui continue de hanter le music-biz à l’heure où triomphent des boys bands montés de toutes pièces. Une première réunion à la fin des années 1980, un nouvel album en 1996 (Justus). Plus tard encore, après la mort de Davy Jones en 2012, une longue tournée américaine avec Tork et Dolenz. Puis encore un dernier album en 2016, Good Times !, lesté des contributions prestigieuses de Rivers Cuomo (Weezer), Paul Weller, Noel Gallagher, Andy Partridge, qui disent assez le respect que les Monkees, de pseudo-groupe au départ, avaient finalement gagné dans l’histoire de la pop.

En 2018, Nesmith et Dolenz entamaient une nouvelle série de concerts en duo (Peter Tork, malade, devait disparaître peu de temps après). Interrompue par le Covid, la tournée avait repris récemment. Ce devait être un adieu. La mort de Michael Nesmith, juste avant ses 79 ans, l’a hélas anticipé.

Rédigé par Télérama par François Gorin

Publié dans #Articles de presse

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article