Dormir sur des lits qui brûlent

Publié le 11 Juillet 2020

En 1987, les rockeurs australiens de Midnight Oil sortaient un tube parlant du sort des Aborigènes et, plus globalement, des outrages faits à la Terre

Peter Garrett, chanteur de Midnight Oil, lors du Paléo Festival 2017. — © Martial Trezzini / Keystone

Peter Garrett, chanteur de Midnight Oil, lors du Paléo Festival 2017. — © Martial Trezzini / Keystone

En 1987, le monde découvrait Midnight Oil, un groupe de rock australien maîtrisant à la perfection l’art du refrain épique. Beds are Burning, deuxième single extrait de l’album Diesel and Dust, sera cet été-là un tube énorme. On contait alors la belle histoire d’un quintette soudainement révélé, alors que Midnight Oil – on l’apprendra plus tard – était actif depuis une dizaine d’années et avait déjà gravé cinq disques. De même, on découvrira ultérieurement la métaphore se cachant derrière ces «lits qui brûlent».

Sortie au moment où l’on prenait conscience du fameux trou déchirant la couche d’ozone, avec une menace plus grande encore en Océanie, la chanson apparaissait immédiatement comme un hymne écolo. «How can we dance when our earth is turning, how do we sleep while our beds are burning?» y chante Peter Garrett, géant chauve à la voix rauque. Comment pouvons-nous danser quand notre Terre est en train de tourner, comment dormons-nous pendant que nos lits sont en train de brûler? Autrement dit, la planète va mal et nous sommes de pauvres insouciants.

Or ce sont les rapports difficiles entre les colons et les Aborigènes qui sont à l’origine du morceau. Suite à la rétrocession en 1985 du site d’Uluru – ce grand rocher ocre devenu un des symboles de l’outback – au peuple premier des Pitjantjatjara, Garrett l’a écrit pour célébrer les vrais Australiens que sont les Aborigènes, et ainsi évoquer la dette que devraient enfin rembourser ceux qui n’ont pas respecté leur territoire et leur histoire.

Par association d’idées, Beds are Burning sera finalement perçu plus globalement comme une dénonciation de l’empreinte de l’homme sur cette Terre qui lui est simplement prêtée. Passant des paroles aux actes, le chanteur se lancera plus tard en politique, devenant même, entre 2007 et 2010, ministre de l’Environnement.

Rédigé par Le Temps par Stéphane Gobbo

Publié dans #Articles de presse

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