Bruce Springsteen, en plein road trip sur « Western Stars »

Publié le 14 Juin 2019

Radicalement différent de la totalité de sa production et doté d’orchestrations exubérantes et d’une production à l’avenant, Western Stars, le nouvel album du Boss, raconte avec nostalgie une Amérique qu’il ne veut pas oublier.

Photographie de Danny Clinch

Photographie de Danny Clinch

C’est à une Amérique déchirée, pleine de contradictions, que se trouve aujourd’hui confronté Bruce Springsteen. Et c’est en cela que Western Stars se révèle être aussi un grand disque introspectif, profondément touchant. Celui d’un homme qui fêtera ses 70 ans en septembre prochain. Et c’est dans les décors grandioses de l’Ouest du pays, déserts californiens brûlés par le soleil et autoroutes poussiéreuses, que se déroule l’action de ce nouvel album, manière de terre promise liée à toute les histoires d’un passé doré, une fable parfaite de la poursuite du rêve américain.

Dans ce road trip, on va toujours quelque part ou on s’en éloigne pour aller ailleurs, à la recherche d’un accomplissement émotionnel ou spirituel. Voitures (“Drive Fast”), motos (“Hitch Hikin’”), chevaux (“Chasin’ Wild Horses”), trains (“Tucson Train”), cafés (“Sleepy Joe’s Café”), le cœur de Western Stars s’articule autour de routes et de lieux, mais surtout de personnages attachants – acteurs ayant raté leur chance, cascadeurs etc. Une nouvelle fois, Springsteen prouve ici qu’il est bien l’un des plus grands « portraitistes » américains de son temps.

Mais Western Stars marque une authentique rupture : album très orchestré, très produit, il vous “transporte dans un nouvel endroit, en s’inspirant en partie des disques pop de la Californie du Sud de la fin des années 1960 et du début des années 1970, comme l’affirmera le Boss. Glen Campbell, Jimmy Webb, Burt Bacharach, ce genre de disques.” Et dans ce registre, force est de reconnaître que le Boss et son coproducteur Ron Aniello n’ont pas fait dans la demi-mesure. Les chansons de Western Stars résonnent comme autant de « symphonies de poche » qui les entraînent vers de nouveaux sommets : une façon de Wall of Sound à la Phil Spector croisée avec les luxuriantes instrumentations des Walker Brothers et reliée à des atmosphères résolument cinématographiques, rappelant parfois certaines B.O. de films des années 1950. Et la voix de Springsteen elle-même est à l’avenant : exit le « tout à l’énergie » rocailleux, envoyé comme s’il devait mourir demain. Elle est ici posée, calme, parfaitement contrôlée, capable de modulations inattendues, proches de celle de son modèle et mentor, l’immense Roy Orbison. “There Goes My Miracle” et “Sundown” le voient ainsi monter dans les aigus, presque avec des inflexions de bel canto. Et si son grain familier revient sur “Somewhere North of Nashville” et “Tucson Train”, la chanson titre est, elle, interprétée de façon presque absente, quasi abstraite.

Western Stars, l’album qu’on n’attendait pas, révèle sa volonté de ne pas se répéter, ni de rester prisonnier de son personnage de rocker/entertainer. C’est un disque de songwriter, au sens le plus noble du terme. “C’est une véritable coffret à bijoux”, dira-t-il sur Twitter. On ne peut pas lui donner tort.

Rédigé par Rolling Stone par Belkacem Bahlouli

Publié dans #Articles de presse

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