Un mois avant Marseille, on a vu les Rolling Stones à Londres

Publié le 27 Mai 2018

Engagés dans leur No Filter Tour, qui passe par l'Orange Vélodrome à Marseille le 26 juin prochain, les vieux démons du rock anglais viennent de jouer deux soirs à Londres. On y était...

Les Rolling Stones, qui ont toujours le malin en eux, sont incontestablement des dieux du stade. Espérons qu'ils jetteront leur sort dans l'Orange Vélodrome à Marseille avec la même flamme. Photo maxppp

Les Rolling Stones, qui ont toujours le malin en eux, sont incontestablement des dieux du stade. Espérons qu'ils jetteront leur sort dans l'Orange Vélodrome à Marseille avec la même flamme. Photo maxppp

Avançant d'un pas sautillant, les muscles tendus et la moue boudeuse et arrogante, tout en secouant la tête d'un geste vif, le fringant Mick Jagger a lancé mardi soir le premier concert à Londres du No Filter Tour, sur un Street Fighting Man abrasif datant de 1968. Les légendaires Rolling Stones, d'une moyenne d'âge de 75 ans, viennent de donner deux représentations au London Stadium avant leur seule date en France le 26 juin à l'Orange Vélodrome. Ils donneront, en tout, trois concerts dans la capitale anglaise (leur dernier passage remontait à 2013), puisqu'ils sont aussi attendus le 19 juin. Mais ils sillonneront également le Royaume-Uni, feront une halte en Allemagne, en République tchèque et en Pologne, pour y livrer leur messe démoniaque.

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Pendant deux heures, au London Stadium, les vétérans du rock ont en effet fait rugir, dans le ciel anglais jusque-là clément, leur musique impure. Les 60 000 fidèles de l'arène olympique, les yeux rivés sur l'autel incandescent formé de quatre écrans géants rectangulaires posés en colonne, n'ont pas résisté longtemps au sortilège, se donnant corps et âme aux prédicateurs du rock anglais. Glissé dans une veste argentée, le chanteur des Rolling Stones, fin comme un fil de fer, a aussitôt manifesté son bonheur de jouer à la maison ("It's great to be back in our hometown"), enchaînant sur un It's only rock'n'roll (But I like it), qui enfonçait le clou. Il sera effectivement question de rock'n'roll pur et dur pendant ce prêche qui n'avait rien de long ni d'ennuyeux. Mais pas seulement. Les vieux rockers iront aussi puiser dans leurs racines blues en reprenant notamment Ride'Em on Down de leur dernier album Blue & Lonesome. "Nous avions l'habitude de jouer du blues non loin d'ici à Dalston Baths", expliquera un Mick Jagger bavard et généreux, en faisant référence aux débuts du groupe.

Osant une pique sur le mariage du prince Harry, c'est d'ailleurs lui qui a assuré le spectacle, se tortillant comme un beau diable seul sur l'avant-scène, les mains crispées et les yeux écarquillés comme jetant un sort sur une foule déjà envoûtée. À 74 ans, le chanteur aux coups de langue toujours ravageurs, agile et scintillant dans ses costumes noirs et argent, semblait une nouvelle fois défier les lois de la nature. Courant sur la longue passerelle, les cheveux au vent, tel un diablotin au milieu de l'arène olympique, le septuagénaire, tantôt à l'harmonica tantôt aux maracas, détonnait par rapport à ses camarades de jeu.

Sous une sorte de préau en forme de mâchoire d'acier, sa garde rapprochée implacable et statique assurait néanmoins les fondamentaux d'un rock sans filtre et solide. À l'image d'un Keith Richards, plus paresseux mais le regard amusé, qui a semblé minimiser ses effets, laissant plutôt le beau rôle à l'indien Ronnie Wood. Cigarette à la main qu'il jetait nonchalamment sur la scène avant d'empoigner sa guitare pour un riff crâneur, et bandeau noir brillant sur le front, il s'est néanmoins montré efficace sur quelques intros et s'est même offert deux solos sur Before They May Me Run et sur le rugueux Slipping Away. En dépit de sa silhouette fluette, les cheveux blancs et la bouche pincée, le batteur Charlie Watts s'est révélé solide comme un roc aux baguettes. L'indéfectible musicien, qui paraissait si fragile, battait pourtant la mesure sans sourciller. C'était d'ailleurs lui le plus discret, comme toujours, des quatre monuments du rock anglais, ne serait-ce que dans ses effets de toilette. Tandis que les trois autres trublions jouaient des vestons de couleurs (assortis aux baskets !) et rivalisaient de brillance, le batteur optait pour une simple chemise en jean bleu.

Outre le mythique quatuor, les autres musiciens, que Mick Jagger a chaleureusement présentés un par un, ont tenu également la cadence, s'offrant même quelques instants de gloire comme ce duo sur le podium au milieu du public, entre Mick Jagger et la chanteuse soul Sacha Allen sur Gimme Shelter.

Le rythme est d'ailleurs monté en puissance après une première heure plus ronronnante (à l'image de ce Paint it Black peu corrosif) mais marquée par quelques titres rares. On notera un Fool to cry très soul (plus joué depuis une vingtaine d'années) et assez féroce vocalement, et ce Under my Thumb, sur les relations hommes-femmes, plus vraiment approprié de nos jours (il est sur la setlist en raison d'un sondage organisé par le groupe sur son compte Facebook à chaque concert).

C'est le diabolique Sympathy For the Devil, quasiment à mi-parcours, qui a fait basculer le London Stadium en enfer, donnant le coup d'envoi d'une série totalement indécente de tubes dans un ciel devenu rougeoyant. Depuis quand sont-ils sur la route ? "C'était en 1962", lance à la foule hurlante un Mick Jagger galvanisé, jouant avec son veston tel un torero avant de le lancer dans le public. Il venait de livrer un Miss You crasseux qui s'est terminé avec les trois loubards du rock anglais pour la première fois ensemble en avant-scène. Sur la lancée, le combo a alors enchaîné avec Midnight Rambler, Start Me Up, Jumping Jack Flash, Brown Sugar, faisant l'effet de boulets de canon. "It's fucking amazing to play in London", s'est ainsi enthousiasmé Mick Jagger. Au rappel, après Gimme Shelter, c'est Satisfaction qui sonne le glas dans les pétarades d'un mini-feu d'artifice.

Le public, rassasié, sonné, est alors ressorti chancelant du chaudron olympique, hurlant à la lune des "ooh, ooh" jusqu'à la station de métro la plus proche. Il a eu ce qu'il attendait d'un concert des Rolling Stones, ni plus ni moins, sans grande surprise ni grands effets visuels. Du rock'n'roll dans son jus. Crâneur, primaire, indémodable, mortel.

En concert le 26 juin à 20 heures à l'Orange Vélodrome. Il ne reste que des places en Catégorie 1 à 199,50 €, en Carré Or et No Filter à 287,50 €. www.rollingstones.com, www.orangevelodrome.com

Paroles de fans : "C'était très rock'n'roll"

"Regarde ce mec, il a fucking 75 ans !", s'enthousiasme un jeune Londonien, avant de se prendre la tête entre les mains. Il fait une accolade à son pote au look de hipster comme lui, barbe et chemise à carreaux, et trinque avec sa pinte de bière tout en lâchant un "Enjoy !" franc et souriant. Puis, "regarde-le, insiste-t-il tandis que Mick Jagger saute comme un cabri sur la passerelle, il est incroyable". "Incredible", le public du London Stadium, très mixte en termes d'âges, n'aura que ce mot à la bouche à la sortie du show. Comme Karen et Mark, un couple d'une soixantaine d'années originaire de Londres, fans de la première heure, qui voient pour la première fois les Rolling Stones en live. "Fantastique" en français dans le texte, s'empressent-ils de répondre. Et d'ajouter dans un éclat de rire : "Ça nous replonge en 1962". Katie, elle, les a vus à plusieurs reprises.

Mais cette fois-ci, elle a emmené sa fille. "Je pense que c'est le meilleur show des Stones que j'ai vu de ma vie", dit-elle sans ambages. "C'est la vérité", renchérit-elle en français, expliquant avoir écrit dans le passé des articles sur la musique. Il y a quelques mois, elle a assisté aux concerts de Robert Plant, Nile Rodgers et Eric Clapton. "Les Stones, je les ai vus tellement de fois mais, ce soir, ils ont été fabuleux, ils ont mis le feu !", poursuit-elle avant d'acquiescer sur l'idée que la deuxième partie du concert était "complètement folle". "J'ai adoooré", conclut-elle. Quant à sa fille, c'est la deuxième fois qu'elle voit la bande de Mick Jagger, après son passage au festival de Glastonbury en 2013. Mais ce soir-là au London Statium, ils ont été bien meilleurs. "Tout était complètement fou, dit-elle, tout était parfait, les chansons, Sympathy for The Devil ou Gimme Shelter, le groupe, leurs visages, leurs allures, leurs vestes, leurs baskets... C'était très rock'n'roll. Et j'adore ça !"

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À Marseille pour la quatrième fois

Le 5 juillet 2003, les Rolling Stones donnaient devant 50 000 personnes leur dernier concert à Marseille, le troisième (après la salle Vallier en 1966 et le stade en 1990). "Explosant définitivement le Vélodrome sur Satisfaction et, en rappel sur Jumpin' Jack Flash, les Stones ont montré, si besoin était, que l'histoire du rock est d'abord la leur", lisait-on alors dans La Provence, au lendemain du concert.

Il aura donc fallu attendre 15 ans pour retrouver ces légendes du rock anglais, alors qu'en 2003 déjà, le public s'interrogeait sur un retour peu envisageable des sexagénaires qu'ils étaient à l'époque. Il s'était trompé. À 74 ans pour Mick Jagger (il aura 75 ans en juillet un mois pile poil après le concert à Marseille) et Keith Richards (pour lui, ce sera en décembre), à 77 ans le 2 juin prochain pour Charlie Watts et à 71 ans ce vendredi 1er juin pour Ron Wood, les vieux loubards se sont engagés le 17 mai dernier dans une nouvelle tournée européenne de 14 dates. En 56 ans de carrière, ils ont sans doute oublié l'anecdote qui a marqué leur première venue à Marseille. Le 30 mars 1966, les Rolling Stones sont en effet à l'affiche d'un concert organisé par Jean-Pierre Foucault à la salle Vallier, un gymnase davantage fait pour les matches de hand que pour les concerts. Pendant le show, une bagarre éclate dans la foule. La police intervient. Mick Jagger est lui-même atteint par un barreau de chaise lancé par un jeune fan qui visait vraisemblablement un policier. Le chanteur est évacué vers un hôpital où on lui posera huit points de suture...

Il faudra donc attendre 24 ans, en 1990, pour que les Stones repassent par Marseille. Le cadre a changé, c'est désormais le stade Vélodrome (dans son ancienne configuration). Le show commence par Start Me Up mais la fin est absolument hallucinante avec Sympathy For The Devil, Street Fighting Man, Gimme Shelter, It's Only Rock'N'Roll (But I Like It), Jumpin' Jack Flash, Brown Sugar et Satisfaction enchaînés par un Mick Jagger plus en forme que jamais devant 40 000 fans en délire pour le premier concert de la tournée française.

Le groupe en donne ensuite trois autres en quatre jours au Parc des Princes. En 1998, les Stones sont à nouveau annoncés au stade en juillet, juste après la Coupe du monde de foot. Mais c'est un rendez-vous manqué. Le concert est annulé au dernier moment. Keith Richards est malencontreusement tombé d'une échelle dans sa bibliothèque et la tournée Bridges of Babylone est allégée. Cette année-là, les Stones se produiront une seule fois en France, au Stade de France pour son inauguration.

En 2018, ils ont choisi l'Orange Vélodrome, pour leur seule étape en France. Certes la date n'affiche pas (encore) complet, mais il ne reste que des places parmi les plus chères. Ce 26 juin, les Stones écriront donc un nouveau chapitre de leur histoire avec la ville. Et sans doute le dernier...

Rédigé par La Provence par Annabelle Kempff

Publié dans #Articles de presse

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