Légendaire Johnny Hallyday : le récit d'une vie

Publié le 7 Décembre 2017

Légendaire Johnny Hallyday : le récit d'une vie

Jamais un artiste n’a été aussi populaire. Jamais il n’a autant touché de gens différents. La France pleure Johnny Hallyday, décédé à l'âge de 74 ans.

Johnny Hallyday en 1963 à Neuilly.Rue des Archives/Claude Schwartz

Johnny Hallyday en 1963 à Neuilly.Rue des Archives/Claude Schwartz

«Que restera-t-il de ma voix devant l’éternel ? Que restera-t-il de moi ?» s’interrogeait Johnny Hallyday en 2007 dans son album «le Cœur d’un homme». On connaît déjà la réponse, même si on ne mesure pas encore l’onde de choc provoquée par sa disparition. Avec le décès du chanteur, qui luttait depuis des mois contre un cancer, c’est un peu de nos vies qui s’en va. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas. Johnny a toujours résonné à la maison, à la télé, à la radio, chez papy-mamy ou dans la voiture des parents sur la route des vacances. Jamais un artiste n’a été aussi populaire. Jamais il n’a autant touché de gens différents : intellectuels et ouvriers, petites gens et grands pontes, France d’en haut et d’en bas. 

Il suffisait d’observer le public pendant ses concerts géants dans les stades pour avoir une photographie de l’époque. Certains étaient prêts à tout pour Johnny, leur Johnny. Il n’y avait qu’avec lui qu’en quelques minutes, pendant ses shows, on trouvait des fans qui l’avaient vu non pas une, cinq ou dix fois, mais cinquante fois. Ils se saignaient parfois aux quatre veines pour assister à plusieurs dates lors de la même tournée. Parce qu’Hallyday avait écrit la bande originale de leur vie, des premiers rocks en français dans les années 1960 jusqu’aux dernières chansons testamentaires, ces dernières années.

LES ANNÉES 1960 : LA NAISSANCE D'UNE IDOLE

Et Johnny Hallyday est né. Le 18 avril 1960. Un jeune homme, maladivement timide, fait alors sa première apparition à la télé. L’émission s’appelle « l’Ecole des vedettes » et propose à des artistes confirmés de parrainer des jeunes chanteurs. Ce jour-là, Line Renaud présente un certain Johnny Hallyday. « Son père est américain, sa mère française », dit sa marraine en regardant l’intéressé qui baisse la tête et peine à répondre aux questions. « Il répond par oui ou par non. C’est Monsieur Oui-Non », se moque la chanteuse.

Mais soudain, le minot se met à jouer « Laisse les filles » et se métamorphose : charismatique, sexy, désinhibé. Comme si c’était un autre. Johnny Hallyday, double flamboyant de Jean-Philippe Smet, gamin à l’enfance cabossée né le 15 juin 1943 à Paris. Son père est artiste absent, coureur de jupons, alcoolique, capable de laisser son bébé par terre et de vendre son berceau pour s’acheter une bouteille. Sa mère rêve de mannequinat et est incapable de faire face à cette naissance toute seule alors que son mari l’a déjà quittée. Elle préfère confier le bébé à sa belle-sœur Hélène Mar. 

Un enfant de la balle

La tante, dont le mari vient d’être arrêté pour faits de collaboration en 1945, est danseuse avec ses deux filles, Desta et Menen. Par peur des représailles, toutes filent à Londres où elles ont décroché un contrat. Elles emmènent le petit dans leurs bagages, qui trouve là une seconde maman et des grandes sœurs inattendues. Déjà la vie de saltimbanque, avec parfois des rencontres improbables qui changent un destin. Comme celle de Lee Lemoine Ketcham, Américain venu de l’Oklahoma avec tenue et chapeau de cow-boy, danseur lui aussi, qui se prend d’affection pour le petit gars croisé dans le couloir d’un hôtel. Il devient le fiancé de Desta avec qui il monte le numéro des Halliday’s. Ce pseudonyme vient du médecin qui a accouché sa mère, Halladay et de « holidays », « vacances » en anglais. Voilà pour le nom.

Johnny doit aussi son prénom à Lee qui l’appelle Djinn-Philip puis Djinn, John et enfin Petit John, soit… Johnny. Mais avant cela, le gamin Smet fait ses classes dans le spectacle des Halliday’s : il apprend la danse, la guitare, joue « Jeux interdits » sur scène habillé lui aussi en cow-boy comme son père de substitution. Un bout du rêve américain qui prend tout son sens en 1957 quand Jean-Philippe découvre Elvis Presley au cinéma. Un choc. Le choc. C’est sûr, il sera un rockeur, fait venir des disques des Etats-Unis, les adapte en français, s’entraîne devant la glace pour trouver le même déhanché que le King.

Premières tournées, premières émeutes

Son premier 45 tours, sorti le 14 mars 1960, le présente comme américain de culture française. C’est faux mais, pour l’instant, c’est mieux comme ça, alors que l’on n’a jamais entendu de rock en français, que l’on n’a jamais vu un gamin de 17 ans tomber à genoux sur scène, se rouler par terre avec sa guitare, provoquer l’hystérie au point que l’on se bagarre et que l’on casse des fauteuils au palais des Sports lors du premier festival de rock en février 1961. 

Johnny Hallyday, 19 ans, fait ses débuts au cinéma dans « D’où viens-tu Johnny ?», un western à la française dans lequel son personnage, Johnny Rivière, interprète notamment un duo avec sa fiancée, Gigi, incarnée par… Sylvie Vartan. (Rue des Archives)

Johnny Hallyday, 19 ans, fait ses débuts au cinéma dans « D’où viens-tu Johnny ?», un western à la française dans lequel son personnage, Johnny Rivière, interprète notamment un duo avec sa fiancée, Gigi, incarnée par… Sylvie Vartan. (Rue des Archives)

Une idole est née. L’idole des jeunes qui agace les moins jeunes, comme Henri Salvador, et enchante les ados qui suivent « Salut les copains », l’émission d’Europe 1. En pleine folie yé-yé, Hallyday électrise les foules aux sons de « Souvenirs, souvenirs », « Pour moi la vie va commencer », « Retiens la nuit », ou encore « le Pénitencier ». Il enchaîne les tournées qui virent à l’émeute, joue le Père Noël à l’Elysée à l’invitation du général de Gaulle, triomphe au cinéma dans « Où vas-tu Johnny ? ».

Rien ne l’arrête… sauf le service militaire en 1964. Comme Elvis, il part en Allemagne sous l’œil des caméras. Sergent rebelle ? Militaire modèle, qui profite d’une permission pour… se marier avec sa fiancée, Sylvie Vartan. La cérémonie dans le village de Loconville (Oise) a lieu au milieu d’une cohue indescriptible. On ne parle pas encore de peopolisation. Et pourtant, il y a déjà tout : de beaux amoureux, des stars, un mariage. On est a priori loin du rock’n’roll. Mais ces deux-là valent de l’or. 

Bonheur de façade

Le père de Johnny, Léon Smet, en sait quelque chose. « France dimanche » lui achète ses retrouvailles arrangées avec son fils, devant sa caserne, vingt ans après l’avoir abandonné. Ce n’est que le début pour le chanteur. La naissance de son fils David, en 1966, alimentera aussi les gros titres de la presse de l’époque. Un bonheur affiché, même si l’artiste est désarçonné par son nouveau rôle de père, qu’il fuit. Sylvie Vartan est sur le point de divorcer. 

En perdition, Johnny fait une tentative de suicide, avale des barbituriques, se taille les veines et passe trois semaines en convalescence… avant de repartir de plus belle. Touché mais pas coulé.

LES ANNÉES 1970 : JAMAIS SANS JOHNNY
En 1979, au Pavillon de Paris, «l’Ange aux yeux de laser» donne l’un des plus gros concerts de la décennie. (Best Image/Max Colin)

En 1979, au Pavillon de Paris, «l’Ange aux yeux de laser» donne l’un des plus gros concerts de la décennie. (Best Image/Max Colin)

Il se passe toujours quelque chose avec Johnny. Surtout pendant ces années 1970, tumultueuses. Ambiance sexe, drogue et rock’n’roll pour le chanteur devenu superstar qui fait parler de lui sans cesse. Sans aller jusqu’à la devise de son idole James Dean — vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre —, Hallyday multiplie les excès. La naissance de son fils David, en 1966, ne l’a pas freiné pour autant, lui qui a été capable de rouler jusqu’à 312 km/h au volant d’une Lamborghini. Au contraire, les tournées, loin de sa petite famille, restent un terrain de jeu idéal, avant, pendant et surtout après les concerts, où les soirées n’en finissent pas. Oiseau de nuit, l’artiste trouve toujours un bar, une discothèque ouverts jusqu’au bout de la nuit, notamment en 1972 pendant le spectacle « Johnny Circus » qui porte bien son nom.

A ce moment-là, la star se lâche en compagnie de sa choriste, la sulfureuse Américaine Nanette Workman, avec qui il tente toutes les expériences. Jusqu’à sniffer beaucoup de cocaïne un soir puis jouer à la roulette russe avec une vraie balle dans le barillet. Heureusement, comme souvent, l’instinct de survie reprend le dessus chez le rockeur. Il sent qu’il est en train de sombrer et met fin juste à temps à cette liaison destructrice.

Grosse fatigue…

Malgré cela, tout reste excessif autour de Johnny. En juillet 1973, un jeune homme est blessé par balle lors de l’un de ses concerts à Marseille. D’autres dates dégénèrent en bagarre. En 1974, le chanteur, épuisé, s’effondre sur la scène devant 4 000 personnes à Alençon. L’année suivante, il se bagarre avec la police à Thonon. Puis c’est le fisc qui le rattrape et lui demande 100 millions d’arriérés, saisit sa Bugatti. Comme Michel Polnareff quelques mois plus tôt, il décide de partir à Los Angeles, avec femme et enfant… pour mieux revenir.

… Et succession de tubes

Difficile de rester dans la solitude d’une vie trop bien rangée. Impossible pour lui de se trouver trop loin de la scène, des tournées, des nuits sans fin, et surtout des potes pour un artiste qui craint par-dessus tout la solitude. Alors Michel Sardou, Carlos, Eddy Mitchell restent d’éternels compagnons de bringue. Tout comme Gérard Depardieu, Coluche, Serge Gainsbourg, Jacques Brel, Lino Ventura, Claude François, avec qui il partage des fêtes somptueuses et des shows cathodiques, notamment les fameux « Top à… » puis les « Numéro un » de Maritie et Gilbert Carpentier.

1977. Johnny Hallyday et Michel Sardou en vacances à Saint-Tropez, la station balnéaire à la mode. (Best Imaes/Daniel Angeli)

1977. Johnny Hallyday et Michel Sardou en vacances à Saint-Tropez, la station balnéaire à la mode. (Best Imaes/Daniel Angeli)

Des rendez-vous qui ont fait les beaux jours des années 1970, symbole d’une nouvelle génération de stars de la chanson et du cinéma, nouveaux héros qui entraient dans le salon des Français chaque samedi soir sur le petit écran.

Johnny y a micro ouvert, comme une promotion permanente, gage d’audiences avec près de 15 millions de fidèles chaque semaine. Et en la matière, rien ne fait peur à Johnny qui se déguise, s’amuse et assure parfois des prestations insolites, comme cette émission de télé en direct sur le porte-avions « Foch », en septembre 1979, ou cette descente des rapides du Colorado avec Michel Sardou pour le magazine « Salut » en juin 1978. Les albums ne sont pas tous mémorables, mais les tubes se succèdent : « J’ai oublié de vivre », « le Bon Temps du rock’n’roll » et « Gabrielle ».

Animal de scène et bête traquée

Et la décennie se termine par ce qu’il sait faire de mieux : la scène et l’un des plus gros shows de sa carrière au Pavillon de Paris, en 1979. Décors et mise en scène futuristes, entrée inspirée de la toute récente « Guerre des étoiles ». Le chanteur est rebaptisé alors l’Ange aux yeux de laser. Il porte une combinaison dorée et ses lunettes lancent effectivement des rayons à travers la salle. Le début d’une surenchère dans les shows d’Hallyday. Toujours plus haut, toujours plus fort. Le public découvre à cette occasion pour la première fois « Ma gueule ». « Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? » Interroge la star, animal de scène et bête traquée, dont les histoires personnelles font parfois passer sa musique au second plan.

Lors de sa dernière date au Pavillon de Paris, son fils David, alors âgé de 13 ans, lui fait la surprise de se mettre à la batterie qu’il maîtrise déjà très bien. Comme pour lui rappeler que la famille, c’est bien aussi. Trop tard. Après une décennie de relations tumultueuses et de multiples tentatives de sauver les apparences, le couple Johnny Hallyday-Sylvie Vartan divorce en 1980.

LES ANNÉES 1980 : LA MÉTAMORPHOSE
1985. Ce 10 mai, Nathalie Baye et Johnny Hallyday font sensation au Festival de Cannes où ils sont venus présenter « Détective ». Les photographes immortalisent leur arrivée à l’hôtel Majestic. (AFP)

1985. Ce 10 mai, Nathalie Baye et Johnny Hallyday font sensation au Festival de Cannes où ils sont venus présenter « Détective ». Les photographes immortalisent leur arrivée à l’hôtel Majestic. (AFP)

« Je ne suis pas un héros/Faut pas croire ce que disent les journaux. » La chanson est signée Daniel Balavoine, qui en a fait un tube. Elle a été écrite au départ pour Johnny Hallyday qui l’enregistre sur son premier album des années 1980. Effectivement, le chanteur fait profil bas pour commencer cette décennie. Il divorce de Sylvie Vartan, reste marié quelques semaines avec l’actrice Elisabeth Etienne et enchaîne les albums sans relief. Pas de quoi parader.

Sur disque, Johnny patauge. Sur scène, il rayonne. Mieux, il explose avec des shows de plus en gros. Au palais des Sports en 1983, il se prend pour Mad Max. En 1984, il se pose quatre mois au Zénith de Paris fraîchement ouvert et débarque sur scène dans une main géante.

En concert, Hallyday montre toujours qu’il est le plus fort, le plus aimé. Mais, en coulisses, quelqu’un le voit autrement. Elle s’appelle Nathalie Baye. Entre elle et lui a priori, c’est le jour et la nuit. Johnny, rockeur excessif, fêtard infatigable, indécrottable noctambule. Nathalie, comédienne posée, intello, qui a déjà tourné avec François Truffaut, Maurice Pialat, Alain Cavalier…

Apaisement

Ils se croisent dans une émission de télé du fameux tandem Maritie et Gilbert Carpentier. Entre deux chansons, Johnny est censé y jouer les détectives avec pardessus, cheveux gominés et clope au bec. Pour lui donner la réplique, Philippe Labro souffle aux Carpentier le nom de Nathalie Baye. Elle accepte, ils ne se connaissent pas. Mais vont vite s’entendre. A l’issue du tournage, Hallyday l’invite à dîner et va la chercher dans une grosse limousine. Pas vraiment dans la finesse. Qu’importe. Ils ne se quittent plus.

Laura naît en 1983, et le public découvre un Johnny transformé, cheveux courts, veste de costume, qui se couche tôt et passe même une partie de sa vie… dans la Creuse où Nathalie Baye possède une maison. La comédienne apaise le chanteur et lui fait vivre autre chose, lui présente d’autres gens. Comme Jean-Luc Godard qui le fait tourner dans « Détective », loin de ses shows gigantesques. Le voilà en sélection à Cannes, sur les marches du Palais des festivals.

Côté musique, Nathalie Baye prend aussi les choses en main. Très proche de France Gall, elle lui présente Michel Berger. Là aussi, a priori, le mariage de la carpe et du lapin. Pourtant, le tandem fonctionne à merveille. Michel Berger fait chanter Johnny Hallyday différemment. Après plusieurs albums en demi-teinte, les deux musiciens enregistrent un chef-d’œuvre, « Rock’n’roll attitude », en 1985, et surtout un classique, « Quelque chose de Tennessee », en référence à l’écrivain américain Tennessee Williams. Johnny devient branché, presque chic, loin des clichés qui lui collent à la peau.

Retour de flamme

Il retrouve d’autant plus le succès avec « Gang », écrit pour lui par Jean-Jacques Goldman sur le même principe que « Rock’n’roll attitude » avec Berger. « J’oublierai ton nom » en duo avec Carmel, « Je t’attends » ou encore « Laura », dédié à sa fille, lui permettent de ne pas quitter le Top 50 pendant six mois et de remplir Bercy trois semaines de suite. Il est au top à la scène et au plus bas à la ville. Son idylle avec Nathalie Baye s’achève en mars 1986, deux ans après la naissance de leur fille.

Baye semble partir avec l’esprit qu’elle essayait d’insuffler à sa carrière. Les années 1980 s’achèvent comme elles avaient commencé. Johnny redevient un rockeur en cuir qui bombe le torse, parle de moto dans son album « Cadillac » et devient le commissaire David Lansky pour une série télé qui ne fait pas dans la subtilité. Loin, très loin de Godard. « Je ne suis pas un héros/Mes faux pas me collent à la peau », disait aussi la chanson de Balavoine.

LES ANNÉES 1990 : LA BÊTE DE SCÈNE
Légendaire Johnny Hallyday : le récit d'une vie

Cinquante ans, ça se fête, non ? Mais avec Johnny, l’anniversaire ne peut être que gigantesque. En juin 1993, Hallyday et son producteur, Jean-Claude Camus, décident d’investir le Parc des Princes. Une première pour l’artiste. Mais que faire dans cette vaste enceinte ? Un show énorme, et ce dès les premières secondes. Comme toujours, le chanteur soigne son entrée. Et arrive… par la sortie. Alors que tout le monde guette son apparition sur scène, il débarque dans le public et fend la foule pendant de longues minutes pour rejoindre ses musiciens. Une fois de plus, le rockeur bluffe tout le monde. Avec cette introduction mais aussi avec cette fête géante où défilent ses proches — Sylvie Vartan, Michel Sardou, Eddy Mitchell, son fils David — pour différents duos. Un show de plus de trois heures dans un décor impressionnant qui rappelle le Golden Gate Bridge à San Francisco.

VIDEO. Ses entrées en scène les plus folles
L’hymne des stades

Johnny a placé la barre très haut. Désormais, l’idée sera toujours de surprendre et de préparer dans le plus grand secret la mise en scène de ses spectacles. Pour lui, tout ou presque se passe en concert à cette époque, même dans une petite salle comme la Cigale, où personne ne l’attendait, pour cinq soirées intimes en 1994. Certes, il enregistre « Ça ne change pas un homme » avec des chansons signées par quelques-uns des artistes du moment comme Patrick Bruel, Art Mengo, l’Anglais Chris Rea ou le Canadien Bryan Adams. Mais il enchaîne surtout les concerts épiques jusqu’à la fin de la décennie et ses premiers pas au Stade de France, marqués par un rendez-vous manqué.

Le 4 septembre 1998, des trombes d’eau noient toutes les installations électriques, obligeant Johnny à renoncer et son producteur, Jean-Claude Camus, à annoncer la mauvaise nouvelle aux 80 000 spectateurs à travers une formule restée mythique : « C’est la mort dans l’âme que nous allons annuler cette représentation de ce soir », explique-t-il sous les sifflets. Les concerts suivants, ouverts par son désormais incontournable « Allumer le feu », écrit pour lui par Zazie et Pascal Obispo, tiennent, eux, toutes leurs promesses avec une star qui débarque en hélicoptère sur le toit du  Stade.

En France, ça roule pour Johnny. En revanche, quand Hallyday tente de jouer sur le terrain de ses idoles, c’est une autre histoire. En 1996, il annonce un concert à Las Vegas. Un fantasme pour lui et ses fans. Un fiasco en termes d’image. Les 6 000 Français qui ont fait le déplacement dans une trentaine d’avions affrétés pour l’occasion reviennent frustrés par le show sans relief et l’expérience qui leur a coûté 7 000 francs de l’époque. Au point que Johnny les invite à assister à des répétitions au Zénith de Paris en 1998 pour se faire pardonner.

1996. Un an après avoir rencontré Laeticia Boudou, Johnny Hallyday, 53 ans, épouse le jeune mannequin de 21 ans à Neuilly. (Best Image/Garcia-Charriau)

1996. Un an après avoir rencontré Laeticia Boudou, Johnny Hallyday, 53 ans, épouse le jeune mannequin de 21 ans à Neuilly. (Best Image/Garcia-Charriau)

Entre deux tournées, il se pose et trouve enfin l’amour. Le vrai. En 1996, il épouse Laeticia Boudou, la fille de l’un de ses amis, rencontrée un an plus tôt. Une gamine de 21 ans, alors que lui en a 52 ans. Beaucoup y voient un  mariage de plus. En attendant le suivant. C’est le dernier pour Johnny, qui trouve un nouveau socle familial. La jeune femme qui l’a accompagné jusqu’au bout constitue autour de lui un nouveau clan, sans délaisser l’ancien.

«Sang pour sang», un succès phénoménal

C’est dans ce contexte que l’artiste confie à David, son fils, les rênes de son album « Sang pour sang ». « Au-delà de nos différences. Des coups de gueule des coups de sang. A force d’échanger nos silences. Maintenant qu’on est face à face. On se ressemble sang pour sang », chante Johnny dans son dernier album des années 1990, référence à ses relations avec son fils David… qui compose toutes les musiques de ce disque baptisé « Sang pour sang ». Sorti en 1999, ce 42e  enregistrement, écrit entre autres par Vincent Ravalec, Françoise Sagan ou Philippe Labro, est un triomphe, se vend à plus d’un million d’exemplaires en trois mois et dépasse même deux millions à la fin de l’année 2000.

Le nouveau millénaire démarre en beauté pour le rockeur avec, une fois de plus, un show comme personne d’autre n’en a fait jusque-là. Le 10 juin 2000, il donne un concert géant et gratuit au pied de la tour Eiffel, devant plus de 500 000 personnes et plus de 8 millions de téléspectateurs en direct sur TF 1. Johnny fête ainsi ses 40 ans de carrière et ses plus de 100 millions de disques vendus depuis ses débuts.

LES ANNÉES 2000 : AMOUR, GLOIRE ET POLÉMIQUES
2008. A Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), Johnny Hallyday pose devant la propriété qu’il a acquise en 2000 dans le « quartier des milliardaires ». (LP/Matthieu de Martignac)

2008. A Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), Johnny Hallyday pose devant la propriété qu’il a acquise en 2000 dans le « quartier des milliardaires ». (LP/Matthieu de Martignac)

D’un côté, il y a la star qui brille de mille feux. De l’autre, le côté obscur de la force. Johnny vit ici ces années les plus fastes et les plus tumultueuses. Jamais ou presque il n’a vendu autant de disques, rassembler autant de monde. Jamais, non plus, il n’a été au cœur d’autant de polémiques.

Dans la foulée de son énorme concert gratuit à la tour Eiffel le 10 juin 2000, la star peut enchaîner avec un énorme show au parc de Sceaux le 15 pour ses 57 ans puis remplir le tout petit Olympia pendant 42 soirées jusque fin août. L’artiste se permet tout : se lancer dans le Paris- Dakar fin 2001 qu’il termine 46e, enregistrer un pénible hymne pour l’équipe de France de football du Mondial 2002 et en vendre 600 000 exemplaires, oser un double album inégal « A la vie, à la mort » qui s’écoule à 1,5 million d’exemplaires notamment grâce l’énorme tube « Marie » écrit par De Palmas. Il célèbre ses 60 ans en 2003 dans le cadre de 4 méga-shows au Parc des Princes. Mais, en coulisses, l’ambiance n’est pas à la fête.

On le dit sous l’influence d'André Boudou, son beau-père qui lui a permis de rencontrer sa jeune épouse Laeticia. Il le convainc d’investir dans une boîte de nuit parisienne, l’Amnesia, au montage financier douteux avec des actionnaires dont les traces se perdent dans des paradis fiscaux. On le croit manipulé aussi quand, à la surprise générale, il décide en 2004 de quitter Universal, sa maison de disques historique depuis 1961, qui lui offre 25 % sur chaque vente de disque, un taux unique en France.

Rattrapé par le fisc

L’affaire se règle devant les prud’hommes. Le label et l’artiste lavent leur linge sale en public. On découvre alors, dans des documents que notre journal publie à l’époque, une succession de prêts d’un montant vertigineux accordés par Universal à Hallyday pour qu’il puisse payer le fisc et continuer à vivre comme un milliardaire. Au total, plus de 107 MF (21 M€) entre 1978 et 1997. « Il est capable de claquer 500 000 francs pendant un week-end à Marrakech », raconte alors l’un de ses proches. Ou de s’acheter un yacht d’une valeur de 32 MF (6,3 M€) payés par… un prêt de sa maison de disques en 1996 qui, en contrepartie, lui réclame trois disques inédits. Une spirale infernale que l’artiste a lui-même créée et dans laquelle il se sent piégé.

Côté vie privée, ce n’est guère mieux. Johnny doit faire face à des sordides accusations de viol présumé. Une hôtesse prétend avoir été agressée par l’artiste lors d’une soirée sur un yacht en 2001. L’histoire se termine par un non-lieu pour l’artiste et une condamnation pour la jeune femme qui avait produit d’étranges certificats médicaux pour justifier son récit.

Hallyday a toujours été une star people. Il ne l’est jamais autant en cette période où Johnny et Laeticia adoptent deux petites Vietnamiennes : Jade en 2004 et Joy en 2008. Il enregistre même « Mon plus beau Noël », une chanson pour la première, dans « Ma vérité », ultime album chez Universal, sorti en novembre 2005, qui se vend à plus de 800 000 exemplaires.

Il envisage de quitter la scène

Le disque à peine sorti, Johnny signe un nouveau contrat chez Warner. Son nouveau label lui promet qu’il va pouvoir revenir à ce qu’il sait faire de mieux : le rock, le blues. La tournée qui suit annonce la couleur : « Flashback ». Johnny choisit de rejouer dans toutes les salles parisiennes de sa carrière : du palais des Sports à l’Olympia, en passant par le Zénith et Bercy. Son premier album pour sa nouvelle maison de disques — « le Cœur d’un homme »— confirme que, chez Warner, le chanteur ne veut plus faire de variété. Succès public et critiques. 

Et pourtant, le rockeur envisage de quitter la scène. « M’arrêter là », annoncent d’abord des affiches mystérieuses dans Paris, fin 2008, avant que Johnny lance ce qui doit être son ultime tournée avec en ligne de mire, comme d’habitude, le Stade de France en 2009. Un dernier tour de chant au cours de ce qui a failli être la dernière année de sa vie.​​​

2009, L'ANNÉE DE TOUS LES DANGERS
2009. Le 24 novembre, deux jours avant l’opération qui a failli lui être fatale, Johnny achève sa tournée au Zénith d’Orléans. (LP/Gaël Cornier)

2009. Le 24 novembre, deux jours avant l’opération qui a failli lui être fatale, Johnny achève sa tournée au Zénith d’Orléans. (LP/Gaël Cornier)

« Alors c’est la der ? » Pendant des semaines, cette question nous a hantés. Nous sommes le 24 novembre 2009, dans les coulisses du Zénith d’Orléans. Johnny Hallyday s’apprête à donner son dernier concert de la saison. La fin d’une année 2009 tumultueuse. En septembre, au détour d’une interview dans un festival de cinéma au Canada, il révèle avoir été victime d’un « petit cancer » du côlon, opéré à temps. Cette révélation fait l’effet d’une petite bombe dans le monde du showbiz et des médias.

Alors que son entourage a tout fait pour garder le silence, c’est l’intéressé lui-même qui lâche l’information le plus naturellement du monde. « J’ai échappé à quelque chose qui aurait pu être le terminal pour moi. Je voulais donner de l’espoir à ceux qui découvrent qu’ils sont malades. Leur montrer que si on se soigne à temps, on peut s’en sortir. Un an plus tard j’aurais peut-être pu y passer », nous expliquait-il alors à Orléans.

Mais ce soir-là, ce « petit cancer » est sous contrôle. Ce qui préoccupe davantage le musicien et son entourage, c’est une hernie qui le handicape depuis des semaines. Alors cette ultime prestation sur scène arrive comme un soulagement, à quelques semaines des fêtes de Noël. « Je vais me faire opérer de ma hernie discale, qui me fait souffrir depuis deux mois. Je ne pouvais pas le faire pendant la tournée, nous explique-t-il. Par moments, j’avais la jambe droite complètement paralysée. On m’a fait des piqûres de Voltarène tous les jours pour pouvoir bouger sur scène… Là, je vais me faire opérer pour être enfin tranquille. » Une formalité, à l’entendre. Alors qu’on le lance pour commencer en disant : « Alors, c’est la der ? », Johnny rectifie : « La der de l’année seulement. » Pour lui, il n’y a pas de raison que la tournée ne se poursuive pas début 2010. Et pourtant, ça a failli être vraiment la der…

La France sous le choc

Si l’opération à Paris le 26 novembre se passe bien, les jours suivants tournent au cauchemar. Le chanteur, reparti à Los Angeles et victime d’une infection, souffre le martyre. Amené à l’hôpital par sa femme Laeticia le 7 décembre, il est réopéré et placé en coma artificiel pendant une semaine. La France retient son souffle. La santé du rockeur balaie tout le reste de l’actualité. Les rumeurs les plus folles disent tout et son contraire au fil des heures. L’affaire est même surveillée de près par Nicolas Sarkozy, alors président de la République. L’Elysée envisagerait des obsèques nationales. Heureusement Hallyday s’en sort. Comme toujours. Il récupère vite et rassure des fans qui craignaient le pire.

2009. Le 6 août, Johnny, accompagné de son épouse, sort de l’Hôpital américain de Neuilly (Hauts-de-Seine) où il a subi plusieurs examens à la demande des assureurs de sa tournée. Un communiqué de son producteur jugeait alors les résultats «bons et satisfaisants». (Best Image/Alain Guizard)

2009. Le 6 août, Johnny, accompagné de son épouse, sort de l’Hôpital américain de Neuilly (Hauts-de-Seine) où il a subi plusieurs examens à la demande des assureurs de sa tournée. Un communiqué de son producteur jugeait alors les résultats «bons et satisfaisants». (Best Image/Alain Guizard)

Après la peur, vient la colère. Il faut trouver un responsable. Le docteur Stéphane Delajoux, qui aurait commis une erreur pendant l’opération et son suivi ? Johnny lui-même, qui ne s’est pas ménagé et est reparti à Los Angeles trop vite ? Commence alors une guerre médiatique entre le chirurgien et son producteur de l’époque, Jean-Claude Camus, qui traite le médecin de « boucher » et parle de son intervention comme d’un « massacre ». Des termes qui lui valent une condamnation pour diffamation deux ans plus tard. S’ensuit aussi une bataille d’experts qui conclut à la responsabilité du chirurgien. Après des mois de bataille juridique, Delajoux et Hallyday trouvent un accord financier dont le montant n’a jamais été communiqué.

Pendant ce temps, le chanteur Johnny renaît. Sa femme Laeticia lui souffle le nom de Matthieu Chedid, alias —M—, pour son prochain album. Tout réussit alors au guitariste-chanteur, qui lui suggère de changer d’air, et d’ère. Nouvelle vie, nouveau départ. Il fait presque table rase du passé. Exit son producteur Jean-Claude Camus. Terminé pour ses attachées de presse fidèles Catherine Battner et Vincence Stark.

Hallyday n’en fait qu’à sa tête. Matthieu Chedid prend les rênes de son disque qu’il compose, coécrit, produit. Une alliance excitante sur le papier mais qui ne séduit pas le public. A force de vouloir faire chanter autre chose à Johnny, Matthieu Chedid perd ses fans en route. Sorti en mars 2011, « Jamais seul » est pour un artiste aussi populaire que Johnny un échec commercial avec ses tout juste 200 000 exemplaires vendus.

Une attente récompensée

Pour la première fois depuis des années, la star ne brille plus autant. Sa tournée annoncée pour le printemps 2012 peine à remplir. Des places sont soldées sur le site Venteprivée.com pour remplir certaines salles. Et ses débuts au théâtre dans « le Paradis sur terre », de Tennessee Williams, à l’automne 2011 ne sont pas non plus le triomphe attendu.

Mais une fois de plus, le chanteur a de la ressource. Son nouveau show est une réussite, même s’il n’y joue aucune chanson de son dernier album. Côté disque, Johnny revient aux fondamentaux et se laisse de nouveau guider. Cette fois, il fait confiance à son nouveau directeur artistique, Bertrand Lamblot, qui lui sélectionne la crème de la crème. Le meilleur du meilleur pour des albums majeurs comme « l’Attente » en octobre 2012 et surtout « Rester vivant » deux ans plus tard. Comme une conclusion en beauté.

VIDEO. Une vie et une carrière hors normes

Rédigé par Emmanuel Marolle

Publié dans #Articles de presse

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