(I Can't Get No) Satisfaction

Publié le 6 Juin 1965

Satisfaction est une chanson des Rolling Stones, enregistrée entre les 10 et 13 mai 1965. Le single est d'abord sorti aux États-Unis le 6 juin 1965 puis, deux mois et demi après, au Royaume-Uni, les fans l'ayant entendue entretemps sans possibilité d'acheter le disque grâce aux radios pirates. Elle figure dans l'album américain Out of Our Heads sorti en juillet 1965, mais pas sur l'édition anglaise de l'album qui sort en septembre. C'est l'une des chansons les plus connues du groupe, qui la joue systématiquement sur scène, emblématique des années 1960. 

(I Can't Get No) Satisfaction
Genèse

C’est durant son sommeil que Keith Richards eut l’idée du riff. Se réveillant au cours de la nuit, il alluma un magnétophone pour saisir son inspiration en deux minutes à la guitare sèche, puis se rendormit en laissant la bande magnétique tourner et enregistrer ses longs ronflements. L’endroit où a eu lieu cette histoire ne fait pas l’unanimité. Bien qu’un hôtel de Clearwater en Floride, une maison dans Chelsea et l’hôtel Hilton de Londres soient souvent mentionnés, Keith Richards écrit dans son autobiographie Life qu’il se trouvait plutôt dans son appartement de Carlton Hill, à St John’s Wood. Il précise que Mick Jagger a écrit les paroles sur le bord de la piscine de Clearwater, quatre jours avant d’entrer en studio. La chanson sonnait à l'origine comme une chanson folk. Keith Richards ne voulait pas en faire un single. Il trouvait que le riff ressemblait trop à celui de Dancing in the Street de Martha & the Vandellas.

Enregistrement

Le morceau est enregistré une première fois le 10 mai 1965 aux Chess Studios à Chicago puis deux jours plus tard aux RCA Studios à Los Angeles. Keith Richards ne voulait pas non plus mettre d'effet de fuzz sur le riff (il aurait préféré une section de cuivres). Keith pensait créer une version ultérieure, le son fuzz de sa guitare devait simplement donner une indication pour une section de cuivres. 

D'autre part, au lieu du rythme martelé qui caractérise l'enregistrement final, il était en faveur d'un tempo rhythm and blues plus enlevé, à la façon de l'interprétation qu'en donnera peu après Otis Redding. Ce sont finalement le manager des Stones, Andrew Loog Oldham et l'ingénieur du son David Hassinger qui poussent le groupe à sortir cette chanson en single, avec l'effet saturé nommé fuzz pour la guitare de Keith Richards

Parution et réception

Le 19 juillet 1965, le single est certifié or par la RIAA aux États-Unis pour s'être vendu à au moins 500 000 exemplaires. Jamais Keith n'aurait imaginé que cette chanson qu'il pensait avoir piquée à Martha and the Vandellas, deviendrait une des plus connues de l'histoire du rock. En 2003, la chanson a été classée 2e plus grande chanson de tous les temps par le magazine Rolling Stone. Elle a également été classée 83e meilleure chanson britannique de tous les temps par XFM en 2010. 

Version stéréo

Comme la plupart des enregistrements des Stones d'avant 1966, Satisfaction a d'abord été pressé en mono uniquement. Au milieu des années 1980, une version remixée en stéréo est apparue sur les éditions allemandes et japonaises des Hot Rocks 1964-1971. La guitare sèche qui était précédemment difficilement audible est clairement à gauche; le piano et le tambourin de Jack Nitzsche sont aussi plus perceptibles. Ce même mixage se retrouve sur quelques promo de radio aux États-Unis, mais jamais une commercialisation mondiale n'a eu lieu. Les versions ultérieures des Hot Rocks ont été rééditées avec la version mono; les versions antérieures sont alors devenues des objets « collectors » recherchés. En 2002, une version mondiale des Hot Rocks présente cette fois une version quasi stéréo avec la guitare, la basse, la batterie et les vocaux au centre tandis que la guitare sèche et le piano ont un effet d'écho à gauche et à droite.

Analyse
Étude des paroles

Excepté le titre I Can't Get No Satisfaction, Mick Jagger a écrit la totalité des paroles qui ont aussi participé à la popularité du morceau : le texte dénonce l'aliénation par la publicité et les frustrations de tous ordres qu'engendre la vie dans une société de consommation. Certaines paroles ont provoqué l'émoi à l'époque en raison de leur référence au sexe. Dans le dernier couplet, Mick Jagger évoque sa déception lorsqu'il essaye de « se faire une fille », quand celle-ci lui dit de revenir la semaine prochaine parce qu'elle est « dans une mauvaise phase », ce qui peut être compris comme la période des règles chez une fille.

Et aussi parce que dès le second couplet il affirme « But he can't be a man 'cause he doesn't smoke / The same cigarettes as me » à propos d'une publicité à la télévision, ce qui n'a pas manqué de laisser croire à certains qu'il faisait allusion à la marijuana (la presse montera en épingle en 1967 les déboires des musiciens à ce sujet, mais The Times comme nombre de personnalités prirent leur défense). 

Structure musicale

La chanson est construite autour d'un riff de guitare électrique devenu légendaire, basé sur les notes si, do#, ré, dont la sonorité saturée est donnée par une pédale fuzz ; c'était la première fois qu'un tel son « trafiqué » était mis en avant de façon aussi ostensible dans le rock, (dans le sillage d'un Link Wray pionnier de la distorsion), ce qui participera à l'énorme succès de cette chanson. Un an plus tôt les Kinks avaient fait un pas dans cette direction avec le riff à la sonorité volontairement « sale » de leur chanson You Really Got Me, mais cet effet avait été obtenu de manière plus artisanale, le guitariste Dave Davies ayant lacéré la membrane du haut-parleur de son amplificateur. 

Reprises notables

Cette chanson eut un tel retentissement qu'elle a été reprise par un très grand nombre d'artistes, parmi lesquels :

  • Jimi Hendrix (1965), paru en 1972 sur l'album posthume Early Jimi Hendrix Volume 2 ;
  • Quincy Jones sur l'album Quincy Plays for Pussycats (1965) ;
  • Otis Redding sur Otis Blue/Otis Redding Sings Soul (1965) ;
  • Buddy Guy sur The original Blues Brothers (1965) ;
  • Don Patterson sur Satisfaction! (Prestige PR7430 en 1966) ;
  • Eddy Mitchell l'adapte en français Rien qu'un seul mot, album Perspective 66 (1965) ;
  • Mary Wells, The Two Sides of Mary Wells (1966) ;
  • James Brown, The James Brown Show (1966) ;
  • Manfred Mann, Instrumental Asylum (1966) ;
  • Aretha Franklin, Aretha Arrives (1967) ;
  • Bill Cosby, Hooray for the Salvation Army Band! (1968) ;
  • Blue Cheer, Outsideinside (1968) ;
  • Sandie Shaw, The Sandie Shaw Supplement (1968) ;
  • Ken Boothe, version reggae sur Freedom Street (1970) ;
  • CCS dans leur album CCS (1970) ;
  • The Stuart Avery Assemblage dans leur album Assemblage (1971);
  • Franklin, groupe espagnol de rock psychédélique (1971) ;
  • Tritons sur l'album Satisfaction (1973), Barclay, 61 860 ;
  • Mountain, Avalanche (1974) ;
  • The Troggs en single (1975) ;
  • Skid Row (Phil Lynott et Gary Moore), Alive & Kicking (1976) ;
  • The Residents en single et sur l'album The Third Reich 'n' Roll (1976) ;
  • Devo, célèbre reprise post-punk sur Q: Are We Not Men? A: We Are Devo! (1978) ;
  • Television live à San Francisco au Old Wardorf en 1978, paru sur The Blow-Up en 1982 ;
  • Samantha Fox sur l'album Samantha Fox (1987) ;
  • Alien Sex Fiend, version batcave sur Another Planet (1988) ;
  • Vanilla Ice, version rap sur Hooked (1989) ;
  • Tânia Maria, version jazz sur l'album Bela Vista (1990) ;
  • Sur Tales from Estrus volume II les tokyoïtes d'American Soul Spiders (1992), version garage punk ;
  • Buddy Guy, sur l'album live The Real Blues (1999) ;
  • Question Mark and the Mysterians, sur Some action (1999) ;
  • Britney Spears, Oops!... I Did It Again (2000) ;
  • Cat Power, The Covers Record (2000) ;
  • Incredible Bongo Band, version instrumentale sur l'album Bongo Rock (2006)
  • John Scofield, version jazz instrumentale sur This Meets That (2007).
  • On compte aussi notamment une version salsa étonnante par Frankie Ruiz, une reprise par le groupe turc Dolapdere Big Gang, une interprétation live méconnaissable par Björk et PJ Harvey…
  • On retrouve cette chanson dans les films Apocalypse Now et Le Contrat.
  • On la retrouve également dans l'épisode 8 de la quatrième saison de la série américaine Mad Men.
  • Laurent Voulzy en cite un extrait dans son tube Rockollection en 1977.
  • Le groupe Genesis a incorporé Satisfaction à la chanson-medley Turn It On Again.
  • Manu Chao fait référence à la chanson dans la sienne, Mama call, sur l'album Clandestino en 1998.
  • En 2007, Gérard Jaffrès reprend la chanson pour en faire I can't get no, Nono
  • Sur l'album Diamond Dogs, David Bowie fait un clin d’œil aux Rolling Stones en reprenant le schéma d'un riff saturé similaire (qu'il joue lui-même dans Rebel Rebel), sur un rythme identique, avec un texte bien fondu dans le climax qui semble aller vers la transe avec une exaltation croissante.
Musiciens
Musiciens additionnels
Fiche Technique
  • Titre : (I Can't Get No) Satisfaction
  • Single de The Rolling Stones
  • extrait de l'album Out of Our Heads (version américaine) 
  • Face A : (I Can't Get No) Satisfaction
  • Face B : The Under Assistant West Coast Promotion Man, États-Unis, The Spider and the Fly, Royaume-Uni
  • Sortie : États-Unis, Canada 6 juin 1965, Royaume-Uni 20 août 1965
  • Enregistré : 10 mai 1965 et 13 mai 1965
  • Chess Studios à Chicago et RCA Studios à Los Angeles
  • Durée : 3:43
  • Genre : Rock 'n' roll
  • Auteur-compositeur : Jagger,Richards
  • Producteur : Andrew Loog Oldham
  • Label : Decca

Rédigé par Rolling Stones Stories

Publié dans #Chansons

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