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Rolling Stones Stories

Les Stones, U2 : pourquoi les papys du rock cartonnent toujours

Les Stones, U2 : pourquoi les papys du rock cartonnent toujours

Les trois concerts complets des Rolling Stones pour l’ouverture de l’U Arena illustrent une année qui a vu le « classic rock » triompher en France, des salles intimes aux stades immenses. Autopsie d’un drôle de revival.

Les Stones, U2 : pourquoi les papys du rock cartonnent toujours Sven Hoppe/dpa/ABACA

Les Stones, U2 : pourquoi les papys du rock cartonnent toujours Sven Hoppe/dpa/ABACA

Le 19 octobre à Nanterre sera inaugurée l'U-Arena, auto-proclamée « plus grande enceinte modulable d'Europe ». Et pour l'occasion, l'U-Arena entrera directement dans l'histoire en accueillant les probables derniers concerts des Rolling Stones en France. Car même ces pierres-là ne roulent pas éternellement... Deux soirées (les 19 et 22 octobre) avaient d'abord été annoncées, mais les professionnels du secteur savaient qu'une troisième date (le 25) avaient été cochée sur l'agenda des Stones, qui boucleront pour l'occasion leur « No Filter Tour », un périple européen en 14 concerts.

Les 120 000 billets mis en vente pour ces trois soirs se sont envolées en moins d'une heure, a annoncé fièrement Jacky Lorenzetti, le propriétaire de l'U-Arena. Et depuis cette razzia, la chasse aux places fait rage : candidats malheureux et retardataires écument les sites de revente ou harcèlent leurs amis plus rapides. Les Stones ont beau avoir joué des dizaines de fois en France depuis leur premier Olympia en 1964, leurs concerts restent un must pour un amateur de rock, et pas seulement parce qu'il n'y en aura pas d'autre... La playlist est toujours la même, de « Satisfaction » à « Brown Sugar », et hormis Mick Jagger, les Stones délivrent un service minimum et souvent hasardeux. Mais les fans viendront avec leur t-shirt orné de la célèbre langue ou dévaliseront les boutiques officielles - les seules autorisées, évidemment.

UNE NICHE IMPORTANTE

Paul McCartney et Neil Young lors du Desert Trip festival Chris Pizzello/AP/SIPA

Paul McCartney et Neil Young lors du Desert Trip festival Chris Pizzello/AP/SIPA

Le passage en France des papys du rock est emblématique d'une année 2017 qui s'est révélée un festival de « classic rock ». La liste est longue : Sting (66 ans), Chrissie Hynde (66 ans) et les Pretenders, Debbie Harry (72 ans) et Blondie, Brian Ferry (72 ans), Phil Collins (66 ans), le U2 de Bono (57 ans) et The Edge (56 ans), parmi beaucoup d'autres, se sont succédés sur les scènes parisiennes, en région ou dans les festivals à travers le pays. Et ils ont rempli les salles, les arènes ou les stades. Le phénomène n'est certes pas réservé à la France, l'Europe - à commencer par l'Allemagne, où le classic rock a depuis longtemps pris racine - ayant été sillonnée dans tous les sens par les mêmes artistes. Quant aux États-Unis, ils ont depuis longtemps sacrifié à cette mode. L'automne dernier, le festival Desert Trip avait vu, l'espace d'un week-end, les Stones et Bob Dylan (76 ans), Paul McCartney (75 ans) et les Who, Roger Waters (74 ans) et Neil Young (71 ans) se succéder sur la même scène californienne. Et cet été, le surréaliste Classic West/Classic East réunissait en juillet à Los Angeles puis à New York les Eagles, Fleetwod Mac, les Doobie Brothers, Steely Dan, Journey et Earth Wind & Fire... « Il y avait des festivals comme ça dans les années 1960. Maintenant, c'est nous qui avons 60 ans ! », résume Pat Simmons (69 ans), des Doobie Brothers.
 

« Le revival est une niche importante aujourd'hui », explique Aurélien Binder, le directeur de la Salle Pleyel, ancien temple de la musique classique qui accueille aujourd'hui Madness ou Alice Cooper, Status Quo ou les Pretenders. Et les artistes français en profitent aussi. Les Insus, en fait les ex-Téléphone Jean-Louis Aubert (62 ans), Louis Bertignac (63 ans) et Richard Kolinka (64 ans), ont écumé villes, salles et festivals depuis deux ans, proposant à des centaines de milliers de spectateurs une playlist presque exclusivement composée de morceaux de la période Téléphone (1976-1986). Un choix qu'il ont décrété dès l'origine de la tournée et dont ils n'ont pas dévié, souligne Matthieu Drouot, le directeur général délégué de GDP Productions, le « tourneur » des Insus. Même option pour les deux tournées des Vieilles Canailles, en 2014 et cette année, qui a réuni sur la même scène Johnny Hallyday (74 ans), Eddy Mitchell (75 ans) et Jacques Dutronc (74 ans). « Artistiquement, ce fut une vraie réussite avec trois artistes qui ont 60 ans de carrière et des oeuvres que l'on redécouvre à chaque fois », estime Valéry Zeitoun, le producteur de la réunion des trois copains des années 1960, très fier des plus de 160 000 personnes réunies sur les 17 dates de la tournée 2017.

Les Veilles Canailles, formées par Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Jacques Dutronc, à Bercy en 2014 SIPA

Les Veilles Canailles, formées par Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Jacques Dutronc, à Bercy en 2014 SIPA

Vétérans « on the road »

La scène remonte à 1992. Un grand concert a lieu au Madison Square Garden de New York pour célébrer les (déjà) 30 ans de carrière de Bob Dylan. Sommet de la soirée, Dylan partage le micro avec George Harrison, Tom Petty, Roger McGuinn, Neil Young et Eric Clapton. Tous déjà vétérans à l'époque, ils écument encore les scènes aujourd'hui, à l'exception évidemment de l'ancien Beatle, décédé en 2001 et de Tom Petty, emporté par une crise cardiaque le 2 octobre dernier. Après la première vague du classic rock, celle des pionniers des années 1950, la génération des 60's a pris le relais et n'a pas envie de jeter l'éponge, même si elle laisse de la place aux jeunots des décennies suivantes.

Aujourd'hui, on est classique plus tôt mais on cartonne toujours... sur scène. Entre ces années 1960 et aujourd'hui, le marché de la musique a considérablement évolué, numérique oblige. Les ventes de CD se sont effondrées et même si le streaming et les plate-formes ont pris le relais, les artistes savent que leur production discographique - nouveautés et archives - ne parviendra jamais à leur assurer les mêmes revenus qu'à l'époque dorée, d'autant que leur créativité artistique s'est assez généralement tarie. Et puis le rock ne règne plus en maître dans l'industrie musicale aujourd'hui : le dernier rapport Nielsen sur la musique aux États-Unis souligne que le hip-hop représente désormais 25 % de la consommation totale de musique, contre 23 % pour le rock, essentiellement en raison de la chute des ventes des disques et l'explosion du téléchargement et du streaming.

Pour les musiciens de rock, la solution réside donc dans le live. « Autrefois, on partait sur la route pour promouvoir un disque, écrit le bloggueur-influenceur Bob Lefsetzt dans sa newsletter. Maintenant, c'est juste pour gagner sa vie ». Heureusement, le public est au rendez-vous, en tout cas pour ces stars. Même s'il consomme aujourd'hui de la musique presque totalement dématérialisée et plébiscite les Spotify, Deezer et autres iTunes, le fan raffole toujours des grands-messes du live, celles des performances scéniques, des vraies voix et des vrais instruments. Et ce, quelque soit leur ampleur. « Le succès de tous ces groupes est une conséquence de l'époque, affirme Arnaud Delbarre, l'ancien patron de l'Olympia, qui ne s'est pas privé de faire défiler ces pionniers lorsqu'il dirigeait la salle. Elle est tellement aseptisée en termes de création depuis une dizaine d'années... »

Du coup, l'économie des concerts est devenue une industrie désormais dominée par des mastodontes qui ont pour noms Live Nation (l'organisateur notamment du festival Lollapalooza, qu'il a importé en France, organise 25 500 concerts par an et fait tourner 3 300 artistes dans le monde) ou AEG (le leader mondial des salles de spectacles, qui détient notamment 30 % de l'AccorHotels Arena). De gros acteurs venus d'ailleurs viennent se joindre à la bagarre, les Lagardère (propriétaire du Bataclan), Ladreit de Lacharrière (dont le pôle Trois-S Entertainment a remporté la concession de la Salle Pleyel) ou Bolloré (propriétaire, via Universal, de l'Olympia). Et la concurrence fait rage entre producteurs, à l'image de la bataille pour arracher les droits des concerts des Stones ou du « rapt » de U2, subtilisé pour la France par Live Nation à GDP, le producteur historique du groupe irlandais dans l'hexagone.

A coté des géants, les indépendants résistent tant bien que mal. L'une de leurs recettes est la relation fidèle qu'ils ont su tisser avec certains artistes ou groupes. Emblématique est le cas de Radical Production, basé à Angers et archétype du producteur rock. Son fondateur, Christophe Davy, plus connu sous le surnom de « Doudou » dans le milieu, a démarré son activité à la fin des années 1980. Parmi ses poulains, un obscur groupe américain, Nirvana, dont il organisa le premier concert français dans une MJC d'Issy-les-Moulineaux. Trente ans après, Radical a produit à l'AccorHotels Arena le méga-concert de Foo Fighters, fondé par Dave Grohl (48 ans), l'ancien batteur de Nirvana. « Nous avons fait Foo Fighters une trentaine de fois en France, raconte Doudou. Bercy, je n'en fais pas 50 dans l'année, car ce sont de gros enjeux, mais c'est aussi une récompense. Un concert comme cela vous donne un statut différent. »

LES HÉROS SONT FATIGUÉS

Axl Rose, chanteur légendaire des Guns N Roses AFP

Axl Rose, chanteur légendaire des Guns N Roses AFP

Du 29 juillet au 11 août, The Who étaient « en résidence » à Las Vegas : ils ont joué six fois au Colloseum du Caesars Plalace, l'un des méga-hotels de la ville dont Céline Dion est une habituée. La résidence en question n'a donc rien d'une maison de retraite à laquelle aurait légitimement droit Pete Townshend (72 ans). Guitariste et auteur de tous les succès du groupe anglais né dans les années 1960, il paie un lourd tribut au rock : des années d'exposition à des amplis poussés à fond ont endommagé son audition et ses légendaires moulinets sur les cordes de sa Gibson lui ont abimé les mains au point qu'il doit souvent se contenter d'une plus clémente guitare acoustique. Heureusement, le chanteur Roger Daltrey (73 ans), celui qui bégayait « my g-g-g-eneration », a conservé sa voix et son énergie. Il a mieux tenu le choc que le batteur Keith Moon (1946-1978) et le bassiste John Entwistle (1944-2002), tous deux morts avant d'être vieux et remplacés sur scène par des musiciens anonymes. Une pratique fréquente chez les héros du classic rock, dont plusieurs ont payé un lourd tribut aux excès de toutes sortes ou, plus prosaïquement, aux poids des ans. Quand ils ne sont pas fâchés à vie avec leurs collègues.

Chez tous ces vétérans, la santé est un sujet majeur dont il faut tenir compte au moment de se lancer des tournées mondiales longues et exigeantes. Lors de son dernier concert à Bercy, Phil Collins, incapable de toucher à sa batterie et contraint de marcher avec une canne en raison de problèmes de dos, a passé la majeure partie de la soirée assis sur un tabouret (cela ne l'a pas empêché de faire se lever la salle). Et le milieu bruit des primes astronomiques qu'ont fixées les compagnies d'assurance à l'orée de la dernière tournée des Stones, produite par AEG. Il est vrai que le batteur Charlie Watts (76 ans) souffre depuis plusieurs années d'un cancer et que le guitariste Ron Wood (70 ans) vient d'annoncer qu'il en avait un aux poumons. Même Mick Jagger (74 ans) aurait des problèmes de santé, murmure un producteur concurrent. Seul l'indestructible Keith Richards (73 ans) semble traverser les années quasi sans dommage. « Mais quel monde allons-nous laisser à Keith Richards », s'amusent ses fans sur Twitter ou Facebook.

Ces musiciens ont aujourd'hui vis-à-vis des producteurs qui financent leurs tournées et des salles qui les accueillent des exigences différentes de celles de leurs jeunes années, en terme d'accueil, de confort ou d'acoustique. Mais, rappelle Arnaud Delbarre, « ils ont travaillé dans es conditions techniques tellement archaïques à leurs débuts que rien ne peut leur arriver ». Et d'ailleurs, « les artistes de cette génération étaient des artisans à l'époque », renchérit Valérie Zeitoun. Et la plupart ont conservé une jolie flamme et un vrai professionnalisme : « On parle de gens qui faisaient des centaines de concerts par an, ce qui est moins le cas des groupes aujourd'hui, affirme Angelo Gospee, directeur général de Live Nation France. Un musicien, c'est comme un sportif : plus il a fait de scène, plus il est fort. »

Les Insus, un des "revivals" français les plus réussis SIPA

Les Insus, un des "revivals" français les plus réussis SIPA

Une audience multi-générationnelle

Et les sportifs du rock ont pour la plupart conservé de beaux restes, qui leur permettent d'en donner pour leur argent aux fans payant souvent cher pour les voir. Car l'une des caractéristiques majeures de cette scène est l'envolée du prix des billets : il n'est pas rare de voir certains dépasser les 100 euros, voire approcher les 200 pour les places les plus privilégiées, quand elles ne s'accompagnent pas de packs montés par leur management et comprenant quelques minutes en coulisse avec les stars avant ou après le concert, séance de dédicaces comprise.

Les salles de concert, elles, se mettent au diapason de cette économie réinventée et s'efforcent de proposer un accueil privilégié, çà l'image de Pleyel : « Nous garantissons un confort d'assise, un confort d'écoute et un confort visuel uniques, se félicite Aurélien Binder. L'acoustique, notamment, a été particulièrement travaillée. Nous n'avons plus un seul son de diffusion, depuis des enceintes de part et d'autre de la salle, mais une multi-diffusion à l'intérieur de la salle qui offre la même expérience au spectateur que vous soyez au premier rang ou au deuxième balcon. » Oui, oui, même pour un concert de Status Quo...

Ce public-là est souvent composé de fidèles qui ont grandi (et vieilli) avec les artistes et sont prêts à beaucoup donner pour recevoir encore un peu... à condition d'avoir droit à un spectacle cohérent où ils retrouvent leurs morceaux préférés, ceux qu'ils ont aimés avant. D'où des tournées « spécialisées » comme celle, cette année, de U2 qui rejoue chaque soir dans l'ordre originel l'intégrale de « The Joshua Tree », l'un de ses albums majeurs, sorti en 1987, il y a trente ans exactement, et vendu à 25 millions d'exemplaires. Le tout précédé et suivi des autres tubes du groupe, une portion congrue étant réservée au répertoire des dernières années, qui n'intéresse évidemment plus grand monde. Preuve que les voyages trente ans en arrière ne font peur à personne, 1,1 million de billets avaient été vendus dans les vingt-quatre heures ayant suivi l'annonce de « The Joshua Tree Tour » et les deux Stade de France programmés en juillet étaient archi-pleins...

L'un des aspects les plus marquants de ces retrouvailles souvent nostalgiques est de voir à quel point certains ont su, à la manière des Stones, renouveler leur public au fil des ans et attirer une audience multi-générationnelle où parents et enfants viennent ensemble communier. « Les parents emmènent leurs enfants écouter ce qu'ils aimaient quand ils était jeunes », s'amuse Arnaud Delbarre, qui a vu défiler ces familles à l'Olympia. D'autres ne semblent passionner qu'une seule génération : ainsi d'un King Crimson, dont le public sexagénaire aux cheveux blancs savourait récemment la musique toujours aussi élaborée dans les fauteuils confortables de la salle Pleyel, ou des Guns & Roses, qui ont bourré le Stade de France de quadras et trentenaires biberonnés aux heavy metal d'Axl Rose (55 ans) et Slash (52 ans). Ironie du sort, les Guns ont même rendu hommage à de plus anciens qu'eux avec des reprises, entre autres, de Wings, Pink Floyd ou Dylan... Reste que, quelque soit l'âge ou l'usage de la musique (CD, vinyle, mp3, streaming, etc.), tout le monde se retrouve dans la chaude ambiance des concerts. « Les générations qui ont connu les Guns, Depeche Mode ou Phil Collins n'ont pas retrouvé dans les nouveaux groupes ce qu'ils avaient aimé en termes de créativité ou d'engagement, avance Angelo Gospee (producteur des trois pré-cités). Ces artistes ont marqué les générations, qui se reconnaissaient en eux de manière sociale ou bien militante. » Mais, tempère Doudou, « les concerts de rock concernent les plus de 30 ans en général. Majoritairement, les 12-20 ans n'écoutent plus du rock. »

Dans le classique rock, en tout cas, « les gens viennent écouter de la musique, c'est ce qui rend ces concerts si étranges, commente Bob Lefsetz. Ça et le fait qu'ils connaissent chaque mot de chaque chanson. Tout le monde fait preuve d'attention, dans une sorte de célébration du passé, un exercice de survie. La musique fait partie de leur ADN. »

Un public nostalgique

U2 et son chanteur Bono remplissent toujours les stades ©Joel Ryan/AP/SIPA

U2 et son chanteur Bono remplissent toujours les stades ©Joel Ryan/AP/SIPA

Le classic rock a donc la cote et certainement quelques belles années devant lui. Les producteurs et les exploitants de salles comptent en tout cas explorer ce filon, parallèlement à celui des musiques urbaines. Leur chance est que le renouvellement de l'offre semble pour l'instant assuré. À partir de quel âge devient-on « classique » ? Radiohead a sorti son premier album en 1991 et « OK computer » date de 1997. Qui affirmera que le groupe, qui a rempli à la vitesse de l'éclair et deux soirs de suite le Zénith en mai, n'est pas déjà classique ? Même quand les Stones auront disparu, il restera toujours un U2 pour tenir la barre, qu'est déjà prêt à lui reprendre un Coldplay, qui vient de s'offrir deux Stade de France sans difficulté.

Évidemment, personne n'est éternel et des noms disparaîtront de l'affiche, par choix ou par obligation : Elton John, qui passe souvent en France, a déjà annoncé que 2020 sera sa dernière année sur scène, et Bob Dylan, désormais prix Nobel de littérature et pourtant engagé depuis 30 ans dans un « Never Ending Tour », finira bien, faute de voix ou d'énergie, par raccrocher une guitare dont il ne se sert quasiment plus sur scène.

« Des groupes de rock, il y en plein, tempère Doudou, de Radical Production. Mais les groupes qui font la différence sur scène sont plus rares et je trouve qu'il n'y a pas assez de renouvellement. Le trafic cette année est impressionnant, mais on n'aura pas U2, Coldplay et les Guns tous les ans. » La nature étant impitoyable, mieux vaut se dépêcher d'aller écouter les artistes des années 1960. Puis ceux des décennies suivantes. Mais, se rassure Valérie Zeitoun, « il y a une économie pour ça. En ce moment, les Français sont très nostalgiques des années 70 et 80 et veulent aller voir des choses qu'ils ont déjà aimées. Ça intéresse la génération de mes parents, la mienne et celle des mômes. Ces artistes sont multi-générationnels et ils ont déjà prouvé quelque chose. »

Et puis si la veine se tarit, il reste le phénomène de « classicisation » du rock que décrit Gérard Drouot : comme on écoute du Mozart ou du Bach, on va désormais écouter du Beatles sans les Beatles, du Pink Floyd sans Pink Floyd, du Genesis sans Genesis, etc. Le succès des « tribute bands », ces groupes qui reproduisent à l'identique les morceaux, le son et l'atmosphère d'artistes aujourd'hui disparus ou bien trop vieux pour se produire encore, est parfois surréaliste. Et les hologrammes fourbissent leurs armes... Mais l'amateur de rock préfèrera évidemment toujours l'original à la copie et continuera à courir les salles, vivre et vibrer sur de la musique live. Car cette expérience-là est, classiquement, incomparable.

Les cinq manies du « classic fan »

Il protège ses oreilles : 

Parce qu'il s'est déjà abîmé les tympans au cours de ses longues années de spectateur, ou parce qu'il craint l'accident, il ne se sépare pas de ses accessoires, du simple bouchon d'oreille à la boule Quies. Les plus prudents se les font fabriquer sur-mesure (compter jusqu'à 200 EUR). 

Il adapte sa vue : 

Si les jumelles passent mal les contrôles de sécurité, les lunettes sont de rigueur, que ce soit pour mieux apercevoir le chanteur minuscule à plusieurs dizaines de mètres ou pour consulter son smartphone. On reconnaît facilement ceux qui les ont oubliées : ils approchent l'écran à quelques centimètres de leurs yeux. Car ils envoient encore des SMS.

Il soigne sa tenue : 

Le fan de classic rock se reconnaît facilement au T-shirt de l'une des dix tournées de son groupe favori, ou bien à celui qu'il vient de s'acheter à la boutique officielle, après avoir tenté en vain de convaincre sa fille de s'en choisir un (scène authentique observée au concert des Pretenders à Peyel).

Il boit toujours, mais... : 

La bière n'est plus la seule boisson consommée en concert. Standing amélioré des salles et pouvoir d'achat supérieur des spectateurs obligent, la flûte de champagne, le verre vin blanc ou la San Pellegrino font souvent l'affaire.

Il fume toujours, mais... : 

Les volutes de fumée sont de moins en moins nombreuses, dans les salles évidemment mais aussi dans les stades. En revanche, la cigarette électronique fait un tabac à la sortie des concerts de classic rock.

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