Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Rolling Stones Stories

« Street Fighting Man », les Stones s’invitent dans la rue

« Street Fighting Man », les Stones s’invitent dans la rue
Les Stones en 1968

Les Stones en 1968

Rolling Stone vous raconte l’histoire d’une chanson qui a changé la face du rock. Voire, dans le cas du « Street Fighting Man » de Stones, invité la révolution de mai 68 au banquet des mendiants

On les avait déjà traités de tous les noms. Voyous dépenaillés avec lesquels on ne laisserait sortir ni sa fille, ni sa sœur, pornographes lubriques célébrant les joies des coucheries d’une nuit, drogués notoires organisateurs de bacchanales et autres scandaleuses joyeusetés susceptibles de pervertir notre saine et studieuse jeunesse. Mais c’était bien la première fois qu’on comparait les Stones à de dangereux révolutionnaires prônant la rébellion ouverte et la désobéissance civile. Tout ça à cause d’une chanson intitulée “Street Fighting Man” (“combattant de rue”, approximativement…), publiée en plein été 1968.

Un été sacrément chaud, torride même. De Washington à Paris, ça bougeait dans les rues, qui contre la guerre du Viêtnam, qui contre un vieux général. Ça bougeait partout… sauf à Londres. C’était du moins l’avis de Mick Jagger, qui trouvait la capitale britannique bien calme pendant qu’à une coudée de ferry de là, dans un quartier dit latin, les étudiants frenchies s’ébattaient joyeusement sur les pavés du mois de mai. Tout au plus, en mars, y eut-il une petite manif londonienne organisée devant l’ambassade américaine, histoire de protester contre la guerre comme les cousins d’outre-Atlantique. Mais rien de comparable avec les voitures renversées sur fond de fumées lacrymogènes qui émaillaient les actualités parisiennes. “Pin-pon, pin-pon !” C’est justement ce son bien français, reconnaissable entre mille autres sirènes de police, qu’avait en tête Keith Richards le jour où il composa les bribes d’une chanson à venir. Il ne savait pas encore où cela allait le mener, mais il avait déjà trouvé une sorte de riff, des accords en open tuning joués à la guitare acoustique (sa Gibson Hummingbird, pour les spécialistes) sur un tempo décalé plutôt inhabituel. Et une mélodie à deux notes, calquée sur les fameuses sirènes des flics français. Le tout enregistré sur le petit magnéto Philips à cassette qu’il venait d’acheter.

C’est muni de cette rustique maquette que notre Keith débarque dans les studios Olympic, fréquentés assidûment par les Stones depuis deux ans. Sur place, il ne trouve que Charlie Watts, qui a emporté avec lui un curieux instrument : une sorte de batterie miniature datant des années 30, un kit succinct destiné aux musiciens de jazz qui voulaient s’entraîner jusque dans le train, le tout tenant dans un simple attaché-case. Charlie vient d’acheter le truc chez un antiquaire, et il a hâte de l’essayer. C ’est dans cet équipage rythmique que les deux Stones élaborent la charpente de la chanson. Keith fait repasser sa maquette dans un ampli, Charlie joue par-dessus, et le tout est enregistré sur un magnéto 8-pistes. Le futur “Street Fighting Man” a trouvé son squelette.

La première version de la chanson porte le curieux titre de “Did Everyone Pay Their Dues?”. Même musique, mais paroles différentes, censées évoquer la brutalité au sens général. Un essai pas très concluant, aux dires de Jagger lui-même, même si le morceau est joué et enregistré en entier (on peut en dénicher une version sur Internet).

Plus tard, Keith affirmera avoir trouvé le vers “But what can a poor boy do”, immédiatement complété par Mick (“Except to sing for a rock’n’roll band”), le tout devenant l’une des plus fameuses strophes de l’histoire du rock et l’illustration parfaite (si l’anecdote est vraie…) de la collaboration légendaire entre les deux compères. Toujours est-il que Jagger réécrit entièrement les paroles, dans un style volontairement ambigu (les Stones font-ils du prosélytisme pour la contestation de rue ou, au contraire, s’en démarquent-ils comme les Beatles de “Revolution” ?) qu’il affirmera lui avoir été inspiré par l’écrivain, cinéaste et activiste Tariq Ali, copain, entre autres, de Malcolm X et de John Lennon.

La chanson sera finalisée entre mars et juin 1968, sous la houlette du producteur Jimmy Miller, assisté d’Eddie Kramer et de Glyn Johns. Outre Richards aux guitares (qui assure également les parties de basse en l’absence de Wyman) et Watts (qui double la grosse caisse avec une “vraie” batterie), il y a Nicky Hopkins au piano, Dave Mason au shehnai (sorte de clarinette asiatique) et Brian Jones, qui interprète une de ses ultimes improvisations de sitar. Rareté : hormis la basse, aucun instrument électrique ne figure dans cet enregistrement. Premier single extrait de l’album Beggars Banquet, le 45-tours (avec “No Expectations” en face B) est publié le 31 août 1968, uniquement aux États-Unis, curieusement. Il faudra attendre 1971 pour qu’il sorte en single en Grande-Bretagne. Plusieurs radios US s’empressent de le boycotter pour cause de paroles subversives, quelques jours après la Convention nationale démocrate de Chicago marquée par des heurts violents entre police et manifestants. Commentaire de Mick Jagger :“Je suis ravi qu’ils interdisent la chanson. La dernière fois qu’ils ont interdit un de nos disques, on en a vendu un million. Bien sûr qu’elle est subversive, mais il est stupide de croire qu’une chanson peut provoquer une révolution. Même si ça ne me déplairait pas…” Le titre n’atteindra que la 48e position dans les charts US, sans doute à cause de la censure radiophonique. Les Stones continueront de le jouer régulièrement sur scène (de Get Yer Ya-Ya’s Out! à Hyde Park Live), et il inspirera de nombreuses reprises, de Springsteen à Oasis, en passant par Rod Stewart, Rage Against The Machine ou Mötley Crüe. Jusqu’à Pete Townshend, qui avouera s’être inspiré du riff de “Street Fighting Man” pour écrire le “I’m Free” des Who. Pas mal, pour un simple “pin-pon”..

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article