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Rolling Stones Stories

Memphis version Elvis

Le King est mort, vive le King ! Pour les 40 ans de la disparition d’Elvis Presley, Memphis, qui a vu grandir le roi du rock’n roll, inaugure un nouveau complexe gigantesque à sa gloire. Mais la ville recèle aussi les vestiges émouvants d’une époque légendaire.

Memphis version Elvis

Il ne doit pas y avoir de hasard si « The King » a choisi de vivre dans une ville à la lointaine filiation royale. De la Memphis égyptienne, fondée par un pharaon, à la Memphis moderne, qui possède une immense pyramide de verre renfermant un hôtel et un magasin de sport géant, il n'y a qu'un pas de danse qu'Elvis Aaron Presley effectue un jour de novembre 1948. Il a 13 ans et quitte Tupelo, la petite ville du Mississippi où il a passé une enfance de prolétaire, jouant avec les gamins noirs du quartier sans penser à la ségrégation qui prévaut dans le pays. À Tupelo, il a découvert le blues, qui l'influencera toute sa vie. Mais c'est à Memphis, où il passera les vingt-neuf dernières années de son existence, qu'il accède au trône de souverain absolu de la musique populaire du xxe siècle.

Avant de se construire un château, Elvis et ses parents vivent dans un HLM à la mode US. L'appartement 328 des Lauderdale Courts est le premier « home sweet home » des Presley à Memphis. Ici, le jeune Elvis joue déjà de la guitare et chante pour ses voisins. Enfin, voilà ce que raconte la légende gravée dans le bronze d'une plaque commémorative posée devant le bâtiment. Mais c'est important, une légende, pour un futur roi... On vient ici chercher l'esprit de celui qui inventa la musique pour teenagers. Car l'héritage d'Elvis Presley dépasse le folklore des rouflaquettes et autres tenues à paillettes qu'il popularisera à la fin de sa carrière.

Le principal intéressé n'imagine d'ailleurs pas le destin qui l'attend lorsqu'il pousse la porte du studio Sun Records, un beau jour d'été 53. Il vient y enregistrer un disque pour sa maman chérie. Son cadeau de fête des mères. Ce petit studio est spécialisé dans la musique noire, et Elvis, élevé au son des gospels, chantant le blues comme aucun Blanc, attire l'attention de la secrétaire des lieux durant l'enregistrement. C'est peut-être bien elle la première à succomber à la voix du futur King. C'est elle, en tout cas, qui va convaincre son patron, un certain Sam Phillips, d'écouter ce jeune garçon « qui a quelque chose ». Elvis sera convoqué pour un essai quelques jours plus tard. La légende, encore elle, rapporte qu'il a failli repartir sans convaincre avant de tenter une reprise de That's All Right Mama dans une ultime prise. Il transforme ce qui était un blues en rock'n'roll. L'aventure commence... Aujourd'hui, les studios Sun Records existent toujours, et se visitent. On y découvre les modestes locaux dans lesquels tant d'artistes majeurs ont joué, dans le sillage d'Elvis. Une photo regroupant Presley, Johnny Cash, Jerry Lee Lewis et Carl Perkins - le fameux « Million Dollar Quartet » - trône toujours sur un mur. Elle atteste que les studios Sun sont l'endroit où s'écrivit l'histoire du rock'n'roll dans les années 50...

5 choses que l'on ignore de Memphis

01. Jerry Lee Lewis, dernier survivant du Million Dollar Quartet, possède un restaurant-club de musique à Memphis : le Jerry Lee Lewis' Cafe & Honky Tonk.

02. Al Green, le mythique chanteur soul, dirige une église à Memphis, la Full Gospel Tabernacle, où il officie... comme pasteur !

03. Le blues est né dans Beale Street, où les plus grands musiciens noirs américains ont joué. C'est toujours une artère animée où s'alignent les clubs, dont celui de B.B. King.

04. Saint Blues est le seul fabricant de guitares « made in Memphis ». On peut visiter l'atelier et créer sur mesure sa guitare électrique ou acheter une des très populaires « cigar box guitar ».

05. La Cadillac recouverte d'or du chanteur d'Isaac Hayes est un des must à découvrir en visitant les studios Stax.

Memphis version Elvis

Mais revenons à Elvis. Pour conquérir le monde, il lui faut maintenant sortir de Memphis. Par chance, l'une des radios les plus écoutées du pays émet depuis le Chisca Hotel, sur Main Street. Lorsque le disc-jockey de WHBQ, Dewey Phillips, joue pour la première fois le disque de celui qui est encore un jeune garçon timide, au mois de juillet 1954, la machine s'emballe instantanément. La légende, toujours elle, veut que le standard téléphonique de la radio fût assailli de jeunes auditeurs réclamant d'entendre à nouveau la voix envoûtante de cet extraterrestre. That's All Right Mama passe en boucle ce soir-là. Elvis Presley, premier et éternel « king of rock'n'roll », est né. Aujourd'hui, le Chisca Hotel est, depuis longtemps, une carcasse vide. Un projet de rénovation et de transformation en condominium devrait redonner vie à ce qui ressemble à une pièce montée géante oubliée après le bal. L'un des ultimes vestiges du passé glorieux d'une ville que l'on pourrait croire à l'abandon tant son « downtown » est aujourd'hui balayé par des vents qui ont emporté les habitants vers des banlieues plus vertes et plus sûres.

C'est d'ailleurs vers cette périphérie proche qu'il faut se rendre pour trouver le principal legs d'Elvis à Memphis : le fameux Graceland. Un manoir de style colonial perché sur une petite colline qu'il achète en 1957 pour y loger toute sa famille et la tribu de copains, musiciens, groupies qui le suit désormais. On y accède, aujourd'hui, via le Elvis Presley Boulevard. Premier constat : la demeure est un fantasme de décorateur ! La « jungle room » avec ses murs en faux gazon, le salon bling-bling façon « Les Feux de l'amour » ou encore la salle de télévision jaune et bleue avec ses trois écrans dignes du QG du Docteur Folamour... Le kitsch porté au sommet par une icône de la pop culture qui déplace toujours les foules, notamment lors de la Elvis Week, qui se tient chaque année mi-août. On voit alors les fans se recueillir sur la tombe du King, à l'arrière du manoir. Ils continuent en visitant sa collection de voitures et d'avions, hébergée de l'autre côté de la rue. Et, cette année, ils ont droit à un cadeau d'anniversaire XXL puisqu'un complexe gigantesque à sa gloire vient tout juste d'ouvrir. En plus d'un nouveau musée, où l'on peut admirer tenues et archives inédites, on y trouve le Gladys Diner et le Vernon's Smokehouse, deux restaurants nommés d'après les prénoms des parents du chanteur.

Memphis version Elvis

La mémoire de Martin Luther King

Ceux qui cherchent à s'éloigner un peu de ce bazar étincelant doivent retourner en ville. Pour s'attabler à l'Arcade, un restaurant toujours aux mains de la même famille grecque depuis 1919, où Elvis venait manger les meilleurs pancakes de Memphis. L'étape suivante est le Levitt Shell, dans Overton Park. Il s'agit d'une scène art déco en plein air où il donna son premier concert payant, le 30 juillet 1954. C'est ici que les jeunes filles en fleurs rougirent pour la première fois devant son jeu de jambes jugé si érotique qu'Elvis gagna le surnom de « Pelvis » ! Des concerts gratuits y ont toujours lieu l'été. En sortant, on s'arrêtera devant la statue qui trône au milieu de Beale Street. Elle montre un jeune Elvis, guitare à la main, dans un costume sans doute acheté chez Lansky, le tailleur des stars du show-biz à Memphis, dont la boutique, toujours en activité, figure au menu du pèlerinage de tout fan. Et puisqu'on est sur Beale Street, on en profite pour visiter les nombreux clubs de musique de cette rue où le blues est né.

On croise régulièrement le fantôme d'Elvis au célèbre B.B. King's Blues Club, où les meilleurs bluesmen du monde se pressent. Il vient y boire un verre avec le spectre de B.B. King, l'illustre propriétaire des lieux disparu en mai 2015, et trinquer au mariage du blues et du rock, que les deux hommes ont souvent célébré. En sortant du club, on ne manquera pas de passer devant le Lorraine Motel pour saluer la mémoire du troisième King de Memphis, le révérend Martin Luther King, qui est mort assassiné ici, devant sa chambre, le 4 avril 1968. Elvis a bien dû fréquenter ce motel très fifties, qui abrite aujourd'hui le fabuleux Musée des droits civiques retraçant le combat des Afro-Américains pour leurs droits. Elvis et B.B. King ont gagné les coeurs en popularisant des rythmes de musique noire à travers le blues et le rock. Martin Luther King, par son combat, a fait avancer la société américaine comme jamais. Tous ont une ville en commun : ce Memphis qui a couronné trois rois. Une ville de légendes. 

Carnet de voyage

Y aller : Aucun vol direct depuis la France. Avec American Airlines, par exemple, il faut transiter par Dallas. Avec Delta Airlines, on passe par Atlanta. Aller-retour à partir de 950 euros.

Se loger : Le Peabody Hotel est LA référence à Memphis depuis 1925. Des canards pataugent dans la fontaine du lobby. Et tous les soirs, à 17 h, le Duckmaster leur fait prendre l'ascenseur pour rejoindre le toit de l'hôtel. À partir de 230 euros. www.peabodymemphis.com

The James Lee House est une maison bourgeoise construite il y a 170 ans. Elle abrite un B & B de cinq suites très « old south style ». À partir de 255 euros. www.jamesleehouse.com

Se restaurer ; Charles Vergo's Rendezvous sert les meilleurs ribs grillés au charbon du Tennessee. www.hogsfly.com

Le Central BBQ, à côté du Musée des droits civiques, propose un « pulled pork » savoureux dans une atmosphère décontractée. www.cbqmemphis.com

Le Four Way est une cantine populaire qui régale les gourmands depuis plus de 70 ans avec une « soul food » roborative à base de poulet pané. www.fourwaymemphis.com

À visiter : Outre Graceland et les studios Sun, les fans de musique ne manqueront pas les studios Stax, haut-lieu de la soul music. www.staxmuseum.com.

Ils apprécieront aussi le Rock'n'Soul Museum. www.memphisrocknsoul.org

Backbeat Tours propose des visites avec des musiciens qui jouent et racontent des anecdotes sur les traces d'Elvis et des grands bluesmen. www.backbeattours.com

Le Musée des droits civiques, à la muséographie très réussie, se trouve en partie dans les locaux du Lorraine Motel où Martin Luther King a été assassiné. www.civilrightsmuseum.org

Pour préparer votre voyage : www.memphis-mississippi.fr

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