Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Rolling Stones Stories

Les Rolling Stones, pilleurs d'épaves (noires américaines)

Les Rolling Stones, pilleurs d'épaves (noires américaines)

Les Stones reviennent au rythm'n blues de leur jeunesse. Dans un climat intellectuel qui a beaucoup changé en 50 ans. On les accuse d'appropriation culturelle.

Les Rolling Stones en concert à Londres le 07 juillet 1969

Les Rolling Stones en concert à Londres le 07 juillet 1969

Tandis que les Beatles sont quintessentiellement britanniques, le petit secret des Rolling Stones, c’est qu’ils se sont pris d’emblée pour des Américains. Et plus précisément pour des Noirs américains. Les Stones débutants doivent tout au blues et jusqu’à leur nom, Rollin’ Stone, le titre d’un morceau enregistré, en 1950, par le chanteur et guitariste de blues Muddy Waters. En fait, à leurs débuts, dans les années 1960, les Stones ont pillé le répertoire de bluesmen américains des années cinquante.

Ecoutez la manière dont un de leurs premiers grands succès, tiré de Buddy Holly, plagie en fait un morceau enregistré par Bo Didley neuf ans plus tôt. Bo Didley : Pretty Thing. Puis The Rolling Stones : Not fade away .

Même si l’itinéraire musical des Stones s’est progressivement écarté de ce genre musical, il en est pourtant toujours resté quelque chose. Et comme bien des artistes qui renouent, en fin de carrière, avec les motifs de leur prime jeunesse, ils nous reviennent ces jours-ci avec un album placé totalement sous le signe du blues : Blue and Lonesome, certainement l’album le plus bluesy qu’ils aient enregistré depuis leurs tout début.

Muddy Waters, disparu en 1983, avait eu, à propos des Rolling Stones, cette formule étrange : « Ils m’ont volé ma musique, mais ils m’ont donné mon nom. » Car les Stones, en pillant ce répertoire à une époque où il était déjà quelque peu passé de mode, ont aussi contribué à relancer la carrière de ces artistes noirs américains, en particulier auprès du public britannique, et plus généralement, européen. Un public blanc qui découvrait le blues par ce détour.

Mais dans le contexte idéologique américain actuel, avec les débats tournant autour de la notion d’appropriation culturelle, ce retour des Stones à une « musique noire » pose bien des questions. Je vous propose d’y réfléchir, cette semaine, en menant en parallèle une réflexion sur la fameuse « relation spéciale » qui est censée exister entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, car les deux sujets sont intimement mêlés, comme je vais essayer de le montrer.

Mais commençons avec les Beatles. Ils débutent avec des classiques du rock, comme Long tall Sally, Dizzy Miss Lizzy, ou Matchbox. Or, lorsqu’ils enregistrent le titre de Chuck Berry, rock and roll music, en octobre 1964, dans les studios d’Abbey Road, c’est déjà une vieille chanson. Chuck Berry l’a créée sept ans plus tôt pour Chess Records.

Alors que les petits gars de Liverpool puisent dans le répertoire du rock américain des années 50, cette musique, sur son lieu de naissance, est passée de mode. Au tout début des années 60, ses principaux acteurs sont les uns en prison, comme Chuck Berry, soit boycottés par les médias pour leur vie sentimentale – cas de Jerry Lee Lewis, qui a épousé sa cousine, âgée de 13 ans-, lorsqu’ils ne sont pas revenus à la religion, comme Little Richard, ou bien… morts comme Eddie Cochran, disparu dans un accident de voiture en 1960… à la fin d’une tournée en Angleterre. Quant au « King » Elvis Presley, il a provisoirement abandonné cette musique, sur les conseils de son mentor, le pseudo « colonel Parker », lequel estime que le rock ‘n roll est une affaire terminée. Depuis son retour du service militaire, Presley est ainsi passé de Jailhouse rock (1957) à it’s now or never (1960), si vous voyez ce que je veux dire…

Le rock des Beatles constitue donc une sorte d’écho tardif, en Grande-Bretagne, à un phénomène culturel considéré comme révolu dans son pays natal. De la même façon, le blues ou plutôt le « rythm ‘n blues » des Rolling Stones – car c’est sous ce label que se présente le groupe à ses débuts -, donne une nouvelle jeunesse, dans les années 60, à des titres américains des années 50.

Ecoutez cette version de I Want to be loved par Muddy Waters, qui date de 1955 de I want to be loved et maintenant celle des Rolling Stones, enregistrée huit ans plus tard, à Londres, en 1963...

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article