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Rolling Stones Stories

"Blue & Lonesome", archétype du marketing Rolling Stones

"Blue & Lonesome", archétype du marketing Rolling Stones

Les Rolling Stones ont savamment mis en scène l'annonce de la sortie de leur nouvel album. Une pratique du marketing dont ils sont les pionniers.

La langue des Stones change de couleur, leur sens du marketing est intact

La langue des Stones change de couleur, leur sens du marketing est intact

Les Rolling Stones savent faire saliver leurs fans en quête de satisfaction. Après avoir savamment maintenu le suspense en diffusant une série de tweets dès le 2 octobre où Mick Jagger, Keith Richards, Charlie Watts et Ron Wood nous promettaient une nouvelle pour ce jeudi 6, ceux-ci ont finalement annoncé un nouvel album, très bluesy, qui sortira le 2 décembre… sans oublier de nous inviter sur leur site officiel à le pré-commander dès maintenant.

La distribution de cet opus intitulé "Blue & Lonesome" (qui est le titre d’un morceau de l’harmoniciste et guitariste de blues Little Walter et d’un album du chanteur de country George Jones), étant largement assurée par leur boutique officielle, Amazon, iTunes, etc. Cette mise en appétit est aiguisée par un aperçu du titre "Just Your Fool", extrait de l’album à écouter sur les plateformes Deezer et Spotify ou à découvrir sur YouTube. Une stratégie désormais classique pour vendre de la musique, certes, mais qui est aussi le fruit d’une longue expérience des Stones en matière de marketing.

"Blue & Lonesome", archétype du marketing Rolling Stones

Les rockeurs britannique font figure de pionniers du marketing. Le sens du faire-savoir des Rolling Stones pourrait d’ailleurs se résumer à leurs "Tongue and Lips" [la langue et les lèvres] - dessinées à leur demande par John Pasche, étudiant à l’époque au Royal College of Art de Londres pour un total de 250 livres sterling - qui sont l’enseigne de leur belle boutique depuis 46 ans. Mais il s’agit aussi d’un cachet, que la bande de Mick Jagger appose systématiquement sur ses contenus, à la fois logo et copyright. A tel point que le dessin, réalisé en 1970 pour l'album "Sticky Fingers" (avec une pochette très sexe signée Andy Warhol), a été adapté aux nouvelles technologies. Un album qui, déjà, avait fait l’objet avant sa sortie d’un teaser via le 45 tours de "Brown Sugar".

Depuis ce jeudi, la bouche charnue apparaît automatiquement (en bleu, avec une touche de blanc et de rouge, soit une sacrée révolution graphique) dès lors que vous tapez #TheRollingStones sur votre fil Twitter !

"Blue & Lonesome", archétype du marketing Rolling Stones

Un ancrage dans la modernité confirmé par leur page Facebook où un artwork vidéo à 360° fait encore la promo de cet album studio attendu depuis "A Bigger Band", en 2005.

L’expression même de l’hyper-adaptabilité des Rolling Stones, doyens du rock survivants des caprices de la mode et au flair implacable pour tirer parti des innovations qui ont ébranlé l’industrie de la musique, au point de laisser sur le bas-côté nombre d’artistes ou de maisons de disques bloqués dans leurs modèles.

Business

Si les Stones parviennent à durer, c'est surtout en raison d’une démarche constante de Mick Jagger, notamment. Le chanteur/musicien/compositeur est tombé tout petit dans le bain des médias : son père, prof d’histoire et de gym, animait une émission TV sur le sport où le jeune Michael Philip Jagger a fait des apparitions à la fin des années 1950. Côté business, il a étudié à la London School of Economics. Et si, pour notre plus grand bonheur, la musique l’a happé, il n’a pas oublié le monde de la finance…

Mick Jagger et Keith Richards ont ainsi pu imaginer un plan pour ne pas sombrer après leur festival d’Altamont, fin 1969, où un fan noir a été assassiné au pied de la scène par des Hell’s Angels chargés de la sécurité, tandis que deux enfants ont été écrasés par un conducteur sous acide et qu'un autre spectateur s’est noyé dans un canal.

Après des errements, non seulement les Stones ont créé leur propre entreprise, calé leurs dates et lieux de concerts pour exploiter les villes laissées en jachère par les grosses machines, préfiguré les clips et dépassé les scopitones en tournant un film promo pour "Jumpin’ Jack Flash" en… 1968 (!) ou encore adapté les tracklists de leurs albums pour le marché américain, notamment.

Un travail constant pour exister malgré les querelles intestines souvent réglées en quelques coups de fil. Chaque tournée, chaque concert doit être une nouvelle de haute importance. Et les Rolling Stones mettent le paquet.

Comme pour leur récent "America Latina Olé Tour" (de février à mars 2016) en Amérique Latine, leur exploit de donner un show gratuit à La Havane, devenant le premier groupe de rock du "monde capitaliste décadent" à jouer à Cuba, a été soigneusement relayé par leurs réseaux sociaux et a même fait l’objet d’un making off siglé par les pierres qui roulent.

On est au-delà d’une prestation musicale mais dans ce que les communicants appellent des "événements" ou des "opé'". Et là, l’affaire a eu une résonance planétaire, via les médias. Mais toutes les stratégies auraient été vaines sans le talent, le sens du renouvellement artistique et du show du quatuor de papys, et c’est en cela qu’ils seront modernes à jamais.

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