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Rolling Stones Stories

Mick Jagger aux Cubains : «Nous voilà enfin»

Mick Jagger aux Cubains : «Nous voilà enfin»

Malgré un Keith Richards fatigué, les Rolling Stones, premier groupe de rock majeur à jouer dans l'île communiste, ont fait un tabac à la Havane vendredi, devant près de 500 000 spectateurs.

Le chanteur des Rolling Stones Mick Jagger sur scène lors du concert à La Havane, le 25 mars

Le chanteur des Rolling Stones Mick Jagger sur scène lors du concert à La Havane, le 25 mars

Arrivés en bus bondés, en taxis collectifs, en voiture privée pour une minorité et à pied pour beaucoup, les Cubains n’ont pas manqué leur rendez-vous avec l’histoire du rock, vendredi à la Havane. Même si les prévisions d'un million de spectateurs n’ont pas été atteintes.

Huit heures avant le début du concert, la vaste étendue de gazon à proximité du stade Latinoamericano, temple du baseball dans le quartier de Cerro, a commencé à se remplir. Au milieu d’une forte présence policière, mais sans tension palpable, on accède au site après une inspection très sommaire des sacs. Les Cubains ont une longue expérience dans l’organisation des manifestations de masse, comme le 1er Mai sur la place de la Révolution. Avant d’arriver face à la scène, d’une dimension jamais vue sur l’île, des camions-citerne d’eau potable permettent de remplir des bouteilles. Beaucoup de spectateurs sont venus en famille, et les seniors ne sont pas rares, de même que les étrangers : des groupe de fans arborent des drapeaux mexicains, argentins... Un concert ordinaire somme toute, comme partout dans le monde, avec une nuance de taille : ici pas de contrôle des billets, puisque l’entrée est gratuite.

«Ca sonne comme un CD»

La nuit est tombée quand, à 20h35, les lumières s’éteignent. Sur les écrans géants apparaît une vidéo mélant clichés de Cuba (cigares, voitures) et photos historiques du groupe, qui s’achève au moment où Keith Richards cisaille les premiers riffs de Jumpin Jack Flash. Des centaines de milliers de smartphones se tendent vers le ciel. Difficile d’apercevoir la minuscule silhouette des musiciens au loin, mais les images montrent un Mick Jagger bondissant dans une veste en lamé rouge sang. Habitué à la bouillie sonore des concerts auxquels il est habituellement convié, le public n’en croit pas ses oreilles : «ça sonne comme un CD» s’émerveille une jeune chevelue. La foule est enthousiaste mais sans bousculades ni mouvements violents. Le leader des Rolling Stones s’exprime en espagnol : «Il paraît qu’il y a quelques années vous aviez des difficultés à écouter nos chansons. Nous voilà enfin !»

Jagger est en grande forme, la voix toujours impériale, en revanche Richards montre des signes de fatigue et foire quelques solos. Mais le quatuor britannique est en outre solidement épaulé par une belle brochette de musiciens et choristes, et l’ambiance est euphorique : It’s Only rock’n'roll, Tumbing Dice... La mise en scène évite la surenchère technologique et se résume à une projection d’animations en boucle. A aucun moment le visuel ne vole la vedette à la musique. Et Paint it Black fait encore monter la température.

Une épopée rock’n’roll que Cuba n’avait vécue que par procuration

Le concert connaît une baisse de tension avec le passage blues acoustique (deux titres chantés par Richards, et accompagnés par un Ron Wood peu inspiré) puis une trop longue intro de Midnight Rambler où Jagger fait chanter le public. Le show reprend de l’altitude avec Miss You, Angie, où Jagger prend la guitare sèche, Sympathy for the Devil ou Brown Sugar, le titre le plus cubain des Stones puisque l’île a longtemps été le premier producteur mondial de sucre de canne, ce qui a causé sa richesse et son malheur. D’accord, le titre fait référence à une variété d’héroïne, mais quand même. Seul invité local, un choeur entonne l’intro gospel de You can’t always get what you want, avant un long Satisfaction en forme de feu d’artifice, et c’est fini : 2h15 de spectacle, non exempt de défauts mais fidèle à l’épopée du rock’n'roll que Cuba n’a vécue que de loin, et par procuration. 

Porte-parole d’un groupe historiquement peu politisé, Mick Jagger n’a fait aucune allusion à l’actualité, se bornant à agiter brièvement un drapeau cubain. La présence des Stones n’a pas de signification idéologique, pas plus que le concert en Chine en 2006, ou que la visite à Varsovie en 1967, pourtant la première incursion d’un groupe de rock anglosaxon derrière le rideau de fer. De purs philanthropes alors, qui financent à 100% cette opération Cuba ? Non plus. L’écosystème des dinosaures du rock consiste à tourner tous les trois ou quatre ans, et à prolonger l’effet par un CD-DVD live, où figurent les mêmes chansons que sur le live précédent. Jouer à Cuba transforme l’exercice routinier en événement inédit. Et à en croire le petit milieu culturel havanais, il semble bien que le groupe ait fait quelques concessions aux autorités cubaines.

L’espace VIP notamment, dont le groupe ne voulait pas à l’origine. Plus déplaisant : les promoteurs, lors de leur visite de repérages en octobre, avaient choisi la Schola Cantorum Coralina pour chanter sur You can’t always get what you want. L’ensemble classique avait envoyé une video avec sa partie, qui avait séduit les organisateurs. Las, le mois dernier, Coralina apprend que l’Institut de la Musique, qui a mené les négociations, a imposé un autre choeur à sa place : Entre Voces, une émanation du Coro Nacional de Cuba. Les Rolling Stones ont en revanche été fermes sur la non télédiffusion en direct, que souhaitaient les autorités cubaines. Précaution élémentaire contre la piraterie. En contrepartie, la télévision d’Etat pourra diffuser les images dès que le DVD sera mis en vente.

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