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Rolling Stones Stories

Bridges to Babylon

Bridges to Babylon est le seizième album des Rolling Stones paru en 1997. 

Bridges to Babylon
Bridges to Babylon

Bridges to Babylon ne vaut que pour la rencontre aussi saugrenue que juteuse entre Stones et Dust Brothers, producteurs de quelques chansons d’exception. Dès Sticky fingers, le mal était fait. Imprudemment risqués dans un mystérieux ragoût de soul, blues et country, nos doigts ressortirent gluants de sécrétions secrètes si entêtantes qu’on a vite renoncé à jamais à s’en libérer. Avant, le rock offrait des mélodies et des messies ; avec les Rolling Stones, il gagnait un corps, infiniment plastique et vagabond, proposait des massages body/body plutôt que des messages bonasses. Estourbis d’entrée par les cinglants sortilèges de Brown sugar, on est restés scotchés aux Stones comme le pervers à son objet de jouissance. Amours ancillaires dans le Sud sensuel, mollets satinés arpentant les champs de coton en Louisiane, ribaudes hantant les claques et cloaques de Memphis ­ des myriades d’images dansaient la farandole, sorties du chapeau d’Oncle Sam, d’un godelureau à la coule, d’un marlou à lippe de mérou faisant tapiner les images d’un fabuleux film en 33t.

Par la suite, on a connu des Stones plus ou moins cabotins, cossards ou flapis, sans trop s’offusquer de leur déclin ­ de lectures juvéniles déterminantes, on avait retenu que les héros finissent toujours par se fatiguer, que le Vicomte de Bragelonne succède inéluctablement aux Trois mousquetaires. Quand on tenait en Jagger, Richards et Brian Jones un d’Artagnan pétulant, un Athos ténébreux et le fantôme d’un Aramis dandy (Charlie et Bill n’étaient pas trop de deux pour faire un Porthos présentable) partis pour ferrailler des lustres durant, on pouvait beaucoup leur pardonner. Même d’embaucher Ron Wood, tout juste bon à jouer les Planchet, pourvu qu’avec Anita Pallenberg en Milady de Winter les poisons et la pâmoison pimentent éternellement le plus flamboyant roman du rock ­ et qu’à défaut de sève reste le style, inimitable. Lequel fait cruellement défaut sur Bridges to Babylon, deuxième gros gadin (après Dirty work) d’une saga proposant d’ordinaire d’aimables dilutions des philtres enivrants autrefois distillés d’Out of our heads à Goat’s head soup. 

Bâtard, Bridges to Babylon ploie sous une armada de producteurs disparates, une kyrielle de sidemen parasites (dont l’absurde Blondie Chaplin, ancien Beach Boy intérimaire, déjà responsable du naufrage d’un album de David Johansen) rameutés pour un disque puant la FM ­ FM pour Fiente Malodorante. Aussi sobres qu’un intérieur mafieux dans Veuve mais pas trop, les rocks étouffent sous les stucs et les moulures, engluent Keith Richards dans un immonde fatras de claviers calamiteux et de choeurs clinquants ; plus Jagger braille et barrit, plus Lowdown, Gun face ou Too tight trahissent leur nature pachydermique. Le single (Anybody seen my baby ) singe le Steely Dan en bout de course de Gaucho, l’élégance en moins ; les ballades country, chantillysées à l’extrême, sont lestées de textes tartignoles indignes d’un bon album solo de Jagger ­ on en a connu. Onéreux gâchis donc, d’autant plus consternant qu’au fond de la monstrueuse machine vacille encore une vague flamme d’humanité, qui ne demande qu’à être attisée. Du côté de la tradition, on saluera les trois titres râpés par l’organe admirablement couturé de Keith Richards ­ You don’t have to mean it, reggae guilleret, apporte une touche de fraîcheur miraculée. Plus réjouissant, c’est à un pari hasardeux que Bridges to Babylon doit d’échapper in extremis à l’infamie. 

A priori farfelue, la rencontre entre les Stones et les Dust Brothers (Beck, Beastie Boys, Eels) s’avère épatante, le temps d’un blues mutant et d’un gospel survolté. Might as well get juiced entraîne Muddy Waters chez David Cronenberg, pour une plongée aveugle dans le vaudou industriel caverneux et disloqué. Harmonica aussi collant qu’un baiser de lamproie, chant reptilien et sournois, autant d’inestimables effluves d’Exile on main street. Juste avant, Saint of me, infernalement bien chanté ­ ou plutôt miaulé, feulé, griffé ­, un de ces grands numéros que l’émulation arrache parfois à Jagger. Houspillée par l’impeccable Charlie Watts, ballottée par les boucles terroristes des Dust Brothers, la voix danse sur des chardons ardents, puise dans la tachycardie techno un surcroît de verdeur voyoute. En s’aventurant enfin hors de leur ligne Maginot, les Rolling Stones retrouvent alors un semblant de magie.

Titres

Toutes les chansons sont écrites et composées par Mick Jagger et Keith Richards sauf mention contraire. 

  • Flip the Switch 3:27
  • Anybody Seen My Baby? (Mick Jagger, Keith Richards, k.d. lang, Ben Mink) 4:31
  • Low Down 4:26
  • Already All Over Me 5:24
  • Gunface 5:02
  • You Don't Have to Mean It 3:44
  • Out of Control 4:43
  • Saint of Me 5:14
  • Might As Well Get Juiced 5:23
  • Always Suffering 4:43
  • Too Tight 3:37
  • Thief in the Night (Mick Jagger, Keith Richards, Pierre de Beauport) 5:15
  • How Can I Stop? 6:54

Musiciens

The Rolling Stones

Musiciens supplémentaires

  • Darryl Jones - basse
  • Chuck Leavell - piano
  • Blondie Chaplin - chœurs, tambourin, piano, basse, percussions
  • Matt Clifford - piano, orgue
  • Pierre de Beauport - basse, piano
  • Bernard Fowler - chœurs
  • Jim Keltner - percussions
  • Darrell Leonard - trompette
  • Jamie Muhoberac - claviers, basse
  • Me'Shell Ndegeocello - basse
  • Billy Preston - orgue
  • Danny Saber - basse, guitare, clavecin, claviers
  • Jeff Sarli - basse
  • Wayne Shorter - saxophone
  • Joe Sublett : saxophone
  • Benmont Tench - orgue, piano, claviers
  • Waddy Wachtel - guitares, chœurs
  • Don Was - piano, basse, claviers
  • Doug Wimbish - basse, chœurs

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